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samedi 27 octobre 2012

Accaparement des terres : Nécessité d'une éthique pour les investissements fonciers agricoles

La signature, en mai 2008, d’un bail de 99 ans entre l’état Malgache et le conglomérat Daewoo pour l’exploitation de 1,5 millions d’hectares de terres destinés à fournir près de la moitié des importations de maïs de la Corée du Sud a mis sous les feux de l’actualité un phénomène jusqu’alors ignoré du grand public, celui de la spéculation foncière agricole. Une pratique qualifiée d’accaparement des terres par de nombreuses ONG lorsqu’elle concerne des pays pauvres où la malnutrition touche, comme c’est justement le cas à Madagascar, plus de la moitié des enfants de moins de trois ans. Ce phénomène qui ne se limite pas à quelques pays défavorisés est préoccupant car il traduit dans les faits des évolutions fondamentales qui déterminent l’avenir de notre alimentation, que l’on mange cru ou pas.

Au niveau mondial, la progression du volume des échanges a commencé en 2005. Elle a connu un pic considérable en 2009 avant reprendre dès 2010 le rythme des années précédentes.
Superficies des terres acquises entre 2000 et 2010 (en millions d'hectares)
Ce sont l’augmentation des besoins en denrées alimentaires et le développement des biocarburants qui ont enclenché ce processus à l’échelle mondiale au cours des années 2000. Les besoins en denrées alimentaires sont durablement poussés à la hausse par l’augmentation soutenue de la population mondiale et la progression du niveau de vie des classes moyennes des pays émergeants. De son côté, le renchérissement des prix pétroliers a favorisé le décollage de la production de biocarburants. Enfin le mouvement de panique des marchés financiers lors de la crise systémique qui s’est déclenché en 2008, en ramenant les investisseurs vers des valeurs refuge, explique le pic de 2009.

Selon les chiffres recueillis par l’IREC dans son rapport de mars 2012, 98% de ces acquisitions se font dans les pays du tiers monde, c'est-à-dire en Afrique (67%) et, dans une moindre mesure, en Asie (22%) et en Amérique latine (9%). Ce mouvement devrait se poursuivre et s’amplifier dans la décennie 2010-2020 tant il est aisé d’acquérir des terres dans ces régions où les populations qui en vivent possèdent rarement un titre de propriété. Les états qui administrent ces terres voient dans l’intérêt qu’elles suscitent, au mieux l’opportunité d’attirer des capitaux étrangers pour soutenir le développement économique de leur pays, au pire l’occasion d’enrichissement personnel. C’est ainsi que des multinationales et des fonds de pensions peuvent acquérir de vastes espaces de plusieurs centaines de milliers d’hectares. L’aggravation brutale de la crise systémique annoncée par le LEAP pour la fin 2012, si elle se confirme, devrait doper considérablement ce phénomène. Cette nouvelle secousse, pronostiquée plus forte encore que la première, pourrait même faire de 2013 une année exceptionnelle. Le précédent record de 2009 qui avait vu les acquisitions foncières multipliées par 5 risque fort d’être explosé. Au vu des tendances enregistrées ces dernières années, on peut s’attendre à un volume de transaction de l’ordre de 60 à 100 millions d’hectares, soit 50 fois supérieur à celui d’avant la crise.

Dans les autres régions du monde, les investissements fonciers existent aussi mais dans de plus modestes proportions. En Europe, ce sont les pays de l’ancien bloc soviétique qui sont les plus concernés. Découragés par le coût du foncier dans leur pays, des agriculteurs français viennent s’installer en Ukraine. Des sociétés d’investissement s’engouffrent sur ce créneau et mettent en location les terres acquises. Celles-ci sont généralement fertiles. Elles sont rapidement mises en exploitation. Leur rentabilité est bonne. Les modes d’exploitation reproduisent, à une plus grande échelle, ceux pratiqués en France. Du point de vue environnemental cela signifie : utilisation massive d’intrants, monoculture, destruction de la biodiversité, hyperconsommation de pétrole pour les carburants et la fabrication des engrais et pesticides. L’augmentation du coût du pétrole et la dégradation environnementale devraient éroder la rentabilité de ces investissements à moyen terme.

La situation est très différente en Afrique. Zones souvent arides, insuffisance voire absence d’infrastructures, instabilité politique, sont autant de handicaps à une valorisation rapide et rentable. Néanmoins, ces terres constituent des actifs prometteurs. D’abord, la captation foncière permet la captation de la ressource en eau. Dans son rapport publié en juin 2012, l’ONG GRAIN la dénonce en ces termes : « Derrière chaque accaparement de terre, il y a l’accaparement de l’eau ». Les investisseurs font le pari que l’accès à l’eau, souvent inclus gratuitement et sans restriction lors des transactions, pourrait valoir bien davantage à moyen ou long terme que la transaction initiale. Ensuite, il y a les tendances structurelles lourdes, la démographie et la demande des pays émergents qui poussent à la hausse les prix du foncier agricole. Enfin les effets conjugués du réchauffement climatique et des atteintes à l’environnement en partie dues à l’agriculture industrielle pèsent sur la productivité agricole mondiale et aggrave la pénurie alimentaire. C’est le cas cette année où les récoltes de céréales sont à leur plus bas niveau depuis des décennies à cause d’épisodes de sécheresse intense aux USA mais aussi en Russie qui sont les deux plus gros exportateurs de céréales de la planète. Dans ce contexte, la recherche de nouvelles surfaces à exploiter se fait chaque année plus prégnante. Enfin la baisse continue des aides au développement amène les pays du Sud à rechercher de nouvelles sources de devises en cédant leur patrimoine foncier. Cette combinaison multi-factorielle favorise la spéculation foncière qui n’en est qu’à ses débuts. Elle devrait prendre une très grande ampleur dans la décennie en cours et celles à venir, jusqu’à se hisser au niveau des valeurs technologiques et financières.

A ces tendances de fond vient s’ajouter un puissant facteur déstabilisateur : La raréfaction des ressources pétrolières. L’agriculture moderne est un secteur très dépendant du pétrole, pas seulement pour l’énergie mais aussi pour les engrais et les pesticides, (la production d’un kilo d’engrais nécessite 1,5 litres de pétrole, la production d’un kg de bœuf 2 litres, etc.). Depuis quelques années déjà, nous sommes entrés dans une période de fortes turbulences caractérisée par d’importantes variations du prix du baril de brut. Cette situation va tempérer les ardeurs des investisseurs qui ont besoin de visibilité à moyen et long terme, tandis que les exploitants vont voir leur modèle économique constamment remis en cause par les vagues successives de hausse de leurs coûts de production. Ce facteur déstabilisateur pourrait accélérer le mouvement d’adaptation vers une agriculture décarbonnée mais il risque aussi de nourrir une forte instabilité sociale dans le monde agricole.

Dans ce contexte la valorisation des terres dans les zones tropicales semi-arides ne tiendra pas ses promesses. Selon l’économiste Jean-Jacques Gabas « La réalité de la mise en œuvre des terres accaparées est très éloignée des annonces initiales". Dans une étude de cas qu’il a réalisé sur Madagascar, il constate que sur l'ensemble des surfaces recherchées qui atteignait 3 millions d'hectares fin 2009, « les superficies réellement cultivées ne s'élèvent qu'à 22 000 hectares ».
Il y a sans doute beaucoup d’illusions quant à la capacité de ces terres à répondre aux besoins futurs, surtout de la part de ceux qui entendent les exploiter à grande échelle comme aux USA. Les ressources en eau sont notoirement insuffisantes et celles en pétrole ne suivront pas. Des illusions entretenues par les effets d’annonce comme celle de la découverte d’immenses nappes d’eau souterraines dans le Sahara ou encore les projets d’usines de dessalement de l’eau de mer alimentées par des centrales nucléaires. Mais qu’importe les illusions, du moment qu’elles soutiennent la spéculation ! Les principales victimes de ces tractations sont les populations de droit coutumier qui vivent dans ces espaces sauvages. Sur leurs terres ancestrales ils se voient désormais, au mieux tolérés, souvent indésirables voire expulsés. Et c’est précisément cela qui justifie que l’on parle d’ "accaparement".

Il y a pourtant une place pour l’équité dans ces investissements fonciers. L’apport de ressources financières par des investisseurs peut être bénéfique pour valoriser des terres sous-utilisées. Elles seront nécessaires pour nourrir les 9 à 12 milliard de bouches à l’horizon 2050. Or ces populations autochtones que l’on néglige détiennent une connaissance précieuse de leur milieu et sont sans doute les mieux placés pour valoriser leurs terres. Reconnaître leurs droits coutumiers serait une première étape. Au Brésil, des peuples d’Amazonie l’ont obtenu mais ce n’est pas le cas dans la plupart des pays d’Afrique. Cette condition préliminaire respectée, des investissements fonciers responsables sont possibles s’ils vont dans le sens d’une préservation de la flore et la faune sauvage, si, dans le souci d’obtenir une productivité à la fois élevée et pérenne, ils adoptent des modes de culture qui restaurent les sols et développent la biodiversité. Ces modes de culture, permaculture, agroforesterie, cultures sur buttes et paillis, BRF, Push-Pull, etc., sont depuis longtemps expérimentés dans diverses régions du monde et notamment en zone aride. Elles ont montré qu’il est possible d’obtenir d’excellents rendements avec peu de mécanisation, peu d’irrigation, sans aucun produit chimique. Elles mettent en œuvre des techniques simples et à la portée de toutes les populations.

Enfin et il est important d’insister sur ce point, l’investissement foncier, s’il se veut éthique, doit aussi aller dans le sens d’une meilleure alimentation, plus diversifiée en fruits et légumes, moins axée sur les céréales, les produits laitiers ou les viandes. D’abord parce que les monocultures céréalières et l’élevage sont catastrophiques pour l’environnement et la biodiversité. Ensuite parce que les aliments à base de céréales et les produits laitiers posent de nombreux problèmes de santé. Faut-il le rappeler, l’alimentation naturelle de l’espèce humaine, celle qui fut la sienne pendant des millénaires est essentiellement frugivore et végétale, occasionnellement carnivore. Tant pour des raisons de santé publique qu’environnementales et afin qu’il soit possible de nourrir l’humanité même en 2050 avec 12 milliards d’âmes, il est indispensable d’orienter prioritairement l’investissement agricole vers des productions fruitières et légumière diversifiées.
Si dans vos relations il y a des entreprises ou des particuliers tentés par des placements fonciers agricoles, n’hésitez pas à user de votre pouvoir d’influence pour les mettre en garde quand aux aléas de ce type d’investissement et les sensibiliser sur la nécessité d’une approche de développement durable en la matière, c'est-à-dire une approche globale qui allie pleinement business, social et écologie.

Le monde du 4 octobre 2012 : Oxfam s'alarme de la flambée des accaparements de terres

L'accaparement de l'eau au coeur des transactions foncières au Sud

Les pétrodollars à l’assaut des terres agricoles africaines

Brin de paille : l'association Française de Permaculture

Kenya: La méthode « push-pull » protège le maïs contre des organismes nuisibles majeurs

Le BRF : Bois Raméal Fragmenté

Surpopulation : Nourrir 12 milliards d'êtres humains, est-ce possible ? 

dimanche 27 mai 2012

Découvrez les fruits rouges du printemps

Avec les beaux jours s’opère un basculement des saveurs pour l’amateur de nourritures crues. Les fruits tant appréciés au cœur de l’hiver, notamment ceux qui nous viennent de pays chauds, oranges, mandarines, bananes, ananas pour ne citer que les plus courants, s’effacent au profit de petits fruits rouges bien de chez nous. C’est un peu comme une migration qui s’achève, sauf que ce sont les nourritures qui se sont déplacées et non ceux qui les mangent. Dès les prémisses de la belle saison nous quittons les saveurs exotiques pour retrouver dans nos jardins et nos forêts fraises, framboises, groseilles et cerises, toutes originaires de nos régions ou acclimatés depuis fort longtemps. Riches en antioxydants, en composés phénolique, en vitamines, en béta-carotène, ces fruits succulents sont réputés avoir un effet protecteur sur de nombreuses maladies comme le cancer, l’artériosclérose, les maladies cardio-vasculaires, etc. Les cerises aigres sont particulièrement riches en anti-oxydants. Fruits populaires, présents dans nos jardins et nos forêts, leurs saveurs tranchent avec celles de la saison froide, renouvellent les sensations gustatives, réactivent plein d’heureux souvenirs. Venant de votre jardin, pour peu que vous vous absteniez d’utiliser des produits chimiques, ils seront aussi bons, sinon meilleurs que ceux que vous trouverez dans le commerce. Ce sera notamment le cas pour les fraises dont la culture industrielle est consommatrice d’eau et de produits chimiques. En Espagne, des ONG locales et le WWF dénoncent cette culture à grande échelle. Déboisement et occupation illégale de zones protégées, assèchement de zones humides et des nappes phréatiques, utilisation de produits chimiques interdits en France comme la chloropicrine, un poison dangereux utilisé comme gaz de combat, saisonniers mal payés, mal logés, sans droits, tels sont les secrets de l’étonnante compétitivité des fraises d’Espagne. Elles sont d’un goût douteux, au sens propre comme au figuré. Préférez, lors de vos achats, les fruits biologiques. Même s’ils sont un peu plus chers, ils sont souvent plus goûteux et rassasient mieux et plus rapidement que leurs homologues dopés aux engrais chimiques. Dès les premiers beaux jours de printemps, alors que les arbres, encore mornes squelettes, commencent à verdir, quelques-uns d’entre eux s’habillent de flocons d’une neige lumineuse. Ce sont les merisiers en fleur. Repérez-les bien lors de vos promenades en forêt, dans un mois et de demi environ, ils seront criblés de points rouges : les cerises sauvages. Elles sont généralement d’un petit calibre mais leur goût est beaucoup plus prononcé que celui des cerises de cultivars du commerce. De même au raz du sol, le long des allées ou sur les pentes des fossés, d’autres points rouges apparaissent à la même époque : les fraises des bois. Elles aussi ont un goût prononcé qui emplit la bouche malgré leur petite taille. Leur teneur en antioxydants est bien supérieure à celle des fraises cultivées. La forêt n’est peut-être plus aussi nourricière qu’elle a pu l’être aux temps anciens, elle recèle néanmoins de belles surprises.

jeudi 26 avril 2012

Le blé : Enquête sur une plante alimentaire au dessus de tout soupçon

Le blé est une plante qui tient une place à part dans les cultures occidentales. Omniprésente dans l’Histoire, elle fut au cœur de nombreux conflits et la cause de maintes famines lors de mauvaises récoltes. Chargée de symboles, tels le geste auguste de la semeuse qui ornait les timbres postaux et la monnaie nationale dans la France du siècle dernier, elle est encore la matière première alimentaire la plus échangée sur les marchés mondiaux. Mais au-delà de ses représentations mythiques voire mystiques et de son poids culturel, qu’en est-il de la réalité de cette plante souvent idéalisée ? N’a-t-elle pas quelques côtés sombres ?

Le blé en botanique


Les différentes variétés de blés actuels sont issus d’une longue série d’hybridations d’une graminée appelé triticum. Cette graminée est bien différente des blés actuels. Son épi se détache naturellement à maturité et disperse les grains en tombant. Ses grains sont par ailleurs pourvus de longues barbes qui captent l’humidité du sol et favorise un enfouissement naturel. Les blés modernes n’ont rien de tout cela, leurs épis tiennent sur la tige et les barbes ont quasiment disparu des grains. Ils ne peuvent se ressemer sans l’intervention humaine. Le triticum est une plante autoféconde, particularité rare en botanique, qui assure une grande stabilité du patrimoine génétique et facilite la sélection. Les grains du triticum sont de petite taille et ne contiennent pas de gluten. Ils ne sont donc pas panifiables. Le gluten des blés moderne provient d’un croisement avec une ou plusieurs autres céréales sans que l’on sache précisément lesquelles. Les conditions dans lesquelles ces sélections se sont faites restent à élucider même si l’intervention humaine est avérée. Il existe de nombreuses variétés de blé adaptées aux différentes régions et climats du globe. Les plus courants sont le froment ou blé tendre qui sert à la fabrication du pain et des produits boulanger et le blé dur destiné à la fabrication de la semoule ou des pâtes.

Le blé dans le monde


Le blé est aujourd’hui le végétal le plus répandu sur la planète. Il arrive au 4ème rang mondial en terme de production mais ravit la 1ère place pour la surface cultivée (216 million d’hectares de blé dans le monde contre 23 million seulement pour la canne à sucre qui est la 1ère production mondiale – chiffres FAO). Malgré son faible rendement, 3 tonnes à l’hectare contre 13,3 tonnes pour les légumes, c’est l’une des 2 céréales les plus consommée dans le monde, avec le riz.

Le blé nourriture


Hormis les tous premiers temps de l’ère agricole où le blé sauvage fut consommé tel quel ou juste broyé et sans cuisson par des chasseurs-cueilleurs semi-nomades (voir natoufien), le blé fut toujours consommé après transformation. La valeur nutritive apportée par le blé aux produits alimentaires dont il est l’ingrédient est modeste. Peu de lipides, un peu de protéines (essentiellement le gluten qui donne à la pâte sa plasticité) et beaucoup de glucides sous forme d’amidon, ce qui lui confère une intensité calorique assez élevée. Le pain contient en faible quantité quelques vitamines (E, B1, B2, B6), et quelques sels minéraux (magnésium, phosphore, potassium). Contrairement à une idée encore trop répandue les produits à base de blé et notamment le pain sont des nourritures plutôt malsaines pour plusieurs raisons.
La première est que la protéine principale présente dans le blé, le gluten, a une action corrosive sur les parois intestinales. Elle provoque une réaction inflammatoire qui détruit les villosités intestinales chargées d’absorber les nutriments pour les faire passer dans le sang. Cette affection, appelée maladie cœliaque (voir ici), entraîne à la longue une malnutrition malgré une alimentation normale, laquelle entraîne à son tour l’apparition de symptômes tels que des diarrhées alternant avec des périodes de constipation, des douleurs abdominales récurrentes, une perte de poids, de la fatigue et de l’irritabilité, une pâleur symptomatique de l’anémie, un état dépressif, des crampes musculaires, une infertilité, des engourdissements ou des douleurs neuropathiques dans les membres, des éruptions cutanées, des aphtes ou ulcères dans la bouche. Les symptômes sont nombreux mais diffus et se confondent avec ceux d’autres maladies, ce qui rend le diagnostic long et difficile à établir. Selon les statistiques officielles, elle toucherait environ 1% de la population mais elle est sans doute largement sous-diagnostiquée.
La deuxième raison est que les produits à base de blé sont transformés à haute température. Ces transformations provoquent des réactions chimiques en chaîne qui aboutissent à la synthèse de molécules difficilement assimilables voire toxiques. Sous l’effet de la chaleur, les glucides et les protéines se recombinent en divers composés moléculaires regroupés sous l’appellation d’A.G.E. Ces composés moléculaires s’agglutinent dans les tissus cellulaires (peau, veines, artères, organes vitaux) qui perdent alors leur élasticité et vieillissent prématurément (voir article A.G.E). Parmi ces composés, on a découvert récemment, en 2002, la présence d’acrylamide, un produit neuro-toxique connu pour être utilisé pour la fabrication, entre autres, de plastiques et de cosmétiques, à des concentrations jusqu’à 1000 fois supérieures aux normes admises pour son utilisation industrielle (voir article acrylamide).
La troisième raison pour laquelle les produits à base de blé sont malsains est que la dégradation du gluten, encore lui, ou de ses recombinaisons produit des peptides qui peuvent agir sur des récepteurs cellulaires sensibles aux opiacés, comme le font naturellement l’opium ou la morphine. Plusieurs études ont scientifiquement démontré que ces peptides opioïdes passent dans le sang et atteignent le système nerveux central. L’exposition prolongée à ces peptides opiacés semble avoir des effets néfastes, notamment sur les jeunes enfants et les personnes autistiques (voir ici). Elle induit les troubles du comportement caractéristiques des drogues : une addiction qui rend le sevrage difficile, des difficultés de concentration, de l’irritabilité notamment pendant les périodes de manque, etc. Suite à l’adoption d’un régime sans gluten, des comptes-rendus médicaux font état de rémissions partielles ou totales de pathologies telles que la sclérose en plaque, la schizophrénie, le syndrome de Tourette, le syndrome de fatigue chronique ou d’hyperactivité.

Le blé dans l’histoire


Le pain, les biscottes, les gâteaux, les pizzas, les pâtes, les céréales du petit déjeuner, tous ces produits qui constituent pour beaucoup une part conséquente de leur alimentation quotidienne contiennent des composés opioïdes en quantités, certes largement insuffisantes pour déclencher un « trip » mais suffisamment significative pour produire quelques effets psychotropes à savoir des modifications de la perception et des sensations ainsi que des variations de l’humeur et de l’état de conscience. A l’échelle de l’individu, ces altérations passent inaperçues tant elles sont subjectives. Mais qu’en est-il à l’échelle d’une société toute entière ? C’est la question que ce sont posé des chercheurs de l’université de Melbourne dans une publication parue en juin 1993 dans la revue « Australian Biologist » (voir ici en français). Les auteurs de cette étude, Gregg Wadley et Angus Martin font deux constats. Le premier est que là ou les grandes civilisations ont émergé, la culture des céréales a accompagné cette émergences : Le blé pour les civilisations du moyen-orient, de l’Egypte et de l’Europe, le riz pour les civilisations asiatiques, le maïs chez les amérindiennes. Le deuxième est la présence avérée d’opiacés, non seulement dans le blé, mais aussi dans le riz et le maïs ainsi d’ailleurs que dans la caséine du lait. Sur la base de ces faits, ils ont émis l‘hypothèse que ce sont les effets psychotropes de ces céréales et du lait qui ont amené les populations de chasseurs-cueilleurs à se sédentariser et cultiver la terre. Une hypothèse que certains trouveront osée, voire scandaleuse, mais qui reste scientifiquement plausible. En effet, le passage du statut de chasseur-cueilleur à celui d’agriculteur reste une énigme pour les chercheurs. Toutes les hypothèses qui invoquent des changements écologiques ou climatiques, une augmentation de la population, une raréfaction des ressources, ne résistent pas à l’analyse. Celles se référant à l’innovation technologique comme moteur de ce changement ne sont pas plus crédibles dans la mesure où la vie quotidienne du chasseur-cueilleur est beaucoup plus facile et agréable que celle de l’agriculteur condamné au labeur de la terre et à celui de la cuisine. Dans son livre « Nature contre culture » l’anthropologue Philippe Descolas analyse ce mystère, sans toutefois y apporter une réponse, à la lumière de l’étude des dernières populations de chasseurs-cueilleurs. Il constate que ces populations ont toutes les connaissances requises pour pratiquer l’agriculture ou l’élevage, mais ne le font pas. Il constate aussi que certaines d’entre elles fréquentent ou ont longtemps fréquenté d’autres populations agricoles, voire ont commercé avec elles, sans pour autant adopter leur mode de vie. Finalement Philippe Descolas conclut en affirmant que le passage de la chasse-cueillette à l’agriculture-élevage est le résultat d’un bouleversement ontologique, c'est-à-dire un changement radical dans la perception du monde. Cette conclusion provisoire est de plus en plus partagée par les anthropologues et les spécialistes de la préhistoire. Le fait est indiscutable, l’avènement de l’agriculture et de l’élevage coïncide avec une modification profonde des formes de pensées et l’apparition de concepts nouveaux. La relation hommes-femmes bascule singulièrement au détriment de celles-ci. La relation à la nature change elle aussi radicalement. La forêt auparavant hospitalière devient hostile, le rapport aux autres animaux change lui aussi. Autrefois considérés avec une certaine déférence, ils deviennent des sous-êtres dépourvus de toute sensibilité et de toute conscience. La violence virile prend une dimension primordiale générant un phénomène social extrême, inconnu jusqu’alors : la guerre. La notion de propriété, étrangère aux chasseurs-cueilleurs, devient prégnante dans les sociétés agricoles. Les plus anciennes fortifications connues datent des débuts de l’agriculture et servaient à protéger des champs de blé. Tous ces changements, si fondamentaux et structurants, se sont cristallisés au néolithique suite à une évolution des habitudes alimentaires. Et lorsque l’on découvre que ces nouvelles habitudes ont banalisé la consommation de substances opioïdes dès le plus jeune âge, on peut légitimement se demander si ce ne sont pas ces nouvelles habitudes qui sont la cause principale de ces changements.

Le blé et vous


Les effets indésirables du gluten, tant au niveau du système digestif qu’au niveau du système nerveux, atteignent tous ceux qui en consomment. Même si les cas pathologiques diagnostiqués ne sont pas très nombreux, ce problème touche tout le monde. Vos enfants se chamaillent tout le temps ? Ont des difficultés à se concentrer ? Sont agités ? Le gluten et le lactose sont présents dans presque tous les produits alimentaires industriels ou artisanaux : charcuteries, conserves, plats préparés, aucun rayon de supermarché n’est épargné. Adopter un régime sans gluten et sans caséine relève du parcours du combattant. Le moyen le plus sûr pour y parvenir est de s’approvisionner de nourritures non transformées : fruits, légumes frais, oléagineux, fruits de mer, œufs, viandes de bonne qualité, miels, etc. Le choix ne manque pas. Il demeure vaste malgré la standardisation alimentaire. Cela vaut le coup de sortir la tête des étiquettes d’emballages alimentaires pour s’intéresser davantage à ce que nous propose la nature. C’est aussi l’occasion de savourer ces nourritures qu’elle nous offre, prêtes à être consommées sans même qu’il soit nécessaire de les apprêter.


Gliadin, zonulin and gut permeability: Effects on celiac and non-celiac intestinal mucosa and intestinal cell lines.

Passeport santé : Intolérance au gluten (Maladie coeliaque)

Un comportement autistique : symptôme d’une sensibilité aiguë aux aliments

Régime sans caséine ni gluten

The origins of agriculture: a biological perspective and a new hypothesis
Traduction en français

samedi 25 février 2012

Surpopulation : Nourrir 12 milliards d'êtres humains, est-ce possible ?

Face à l’inéluctable augmentation de la population mondiale qui devrait néanmoins se stabiliser vers 2050 autour de 12 milliards de terriens, se pose la question de la capacité de notre planète à nourrir autant de monde. L’ampleur des dégradations infligées à l’environnement et à la biodiversité par les activités humaines hypothèque l’avenir de nos ressources alimentaires. Seront-elles suffisantes ?
 
La faillite de l’agriculture industrielle

Il y a maintenant plus de 60 ans, grâce l’avènement de l’industrialisation agricole, on annonçait avec enthousiasme l’éradication prochaine de la faim et de la malnutrition dans le monde. Aujourd’hui, non seulement celles-ci n’ont jamais vraiment reculé, mais force est de constater que cette industrialisation s’est traduite, dans toutes les régions du monde où elle a été implantée, par une dégradation des sols et une réduction drastique de la biodiversité qui, a terme, se soldent par un accroissement de la malnutrition.
Du fait d’une mécanisation importante et de l’utilisation d’intrants issus de produits pétroliers, ce modèle agricole s’avère très dépendant du pétrole. Ainsi par exemple, la production d'un kg d'engrais azoté requiert l'équivalent énergétique de 1,4 à 1,8 litres de carburant diesel. Selon The Fertilizer Institute ( http://www.tfi.org ), sur la période d’un an allant du 30 Juin 2001 au 30 Juin 2002, les États-Unis ont utilisé 12 millions de tonnes d'engrais azotés. A raison de 1,4 litres de diesel pour 1 kilogramme d’engrais, cela représente 15,3 milliards de litres de carburant diesel, soit 96,2 millions de barils. Aux Etats-Unis 400 gallons d'équivalent pétrole sont dépensés par an pour nourrir chaque Américain (à partir de données fournies en 1994). Ces chiffres, donnés pour les Etats-Unis, sont valables pour toutes les régions du monde où l’agriculture industrielle a été adoptée. Cette dépendance aux énergies fossiles alourdit les charges d’exploitation qui, dans les années à venir, seront de plus en plus insupportables et ruineront de plus en plus d’agriculteurs.
Ces constats sont confirmés par des institutions nationales et internationales. Dans son étude Agrimonde publiée en 2010, l’INRA (Institut National de Recherche Agronomique) a déterminé deux scénarios d’évolution de l’agriculture. Le premier, appelé « scénario tendanciel », extrapole le modèle de production agricole actuel. Ce scénario prévoit une aggravation de l’impact écologique et un creusement des écarts régionaux. L’augmentation des prix du pétrole et la baisse de productivité des terres agricoles provoquera de fortes tensions sur les prix alimentaires, lesquelles attiseront la spéculation et entraîneront des émeutes de la faim. La réaction prévisible à court terme des gouvernements sera de contrer la spéculation. A plus long terme, constatant la faillite de l’agriculture industrielle, ils seront contraints d’adopter le deuxième scénario envisagé par l’étude Agrimonde. Ce scénario, appelé dans l’étude « scénario de rupture », privilégie les cultures vivrières et se caractérise par la recherche de solutions écolo-productives.

Dégradation des sols due aux activités humaines (source Word Soil Resources Report TERRASTAT)

De son coté l’IAASTD (International Assessment of Agricultural Science and Technology for Development, en français l’EISTAD pour Evaluation Internationale des Sciences et Technologies Agricoles pour le Développement), groupe de travail intergouvernemental, interdisciplinaire créé à l’initiative de la Banque Mondiale, dans son rapport publié en 2008, critique l’agriculture intensive qui réduit la biodiversité, lessive et pollue les sols, pointe les risques environnementaux et sociaux liés aux OGM, dénonce les brevets qui limitent la recherche, préconise l’agriculture biologique, affirme que la sécurité alimentaire des populations, notamment les plus pauvres, passe par le maintien voire le développement d’une agriculture paysanne et appelle à une réorientation de la recherche pour qu’elle s’intéresse davantage à l’étude des écosystèmes, aux interactions entre les différents végétaux et animaux qui les composent, à la façon dont ces milieux s’équilibrent plutôt que de se focaliser sur l’éradication de tel ravageur ou de telle maladie. Enfin, récemment le rapporteur de l’ONU sur l’alimentation affirmait que l'agro-écologie peut doubler la production alimentaire mondiale en 10 ans tout en préservant l’environnement. Selon lui, concilier productivisme agricole et performance environnementale permet ''d'obtenir des rendements beaucoup plus importants que l'agriculture conventionnelle''. Une telle déclaration peut surprendre. On la comprend mieux à la lumière des chiffres de la FAO : Aujourd’hui seuls 30% des surfaces agricoles disponibles dans le monde sont cultivées, les 70% restant sont des prairies et des pâturages.


Répartition des surfaces agricoles dans le monde


En Afrique et dans les régions du monde défavorisées le déséquilibre est encore plus flagrant puisqu’il avoisine les 20-80 contrairement à l’Europe où les terres cultivées occupent les deux tiers de la surface agricole. On voit donc, à la lecture de ces chiffres qu’il existe un potentiel d’amélioration de la production agricole considérable dans les pays du tiers monde. Mais cette amélioration se heurte à l’aridité parfois extrême des zones concernées, laquelle a été, dans les décennies passées, aggravée par la déforestation et l’industrialisation agricole. Ce potentiel n’est exploitable durablement qu’à condition de restaurer les sols par des techniques d’agro-écologie.

Vers un autre modèle agricole

Quels sont ces modes de culture à la fois productifs et écologiques qu’évoquent les experts et quel est leur secret ? Ce sont simplement des techniques agricoles qui font avec la nature plutôt que contre elle. Elles consistent à créer un équilibre écologique pour profiter des synergies biologiques en favorisant les associations végétales et en organisant les complémentarités entre le végétal et l’animal. Evidemment biologiques, les plus connues de ces techniques sont la permaculture, l’agro-foresterie, la culture sans labour, le BRF (Bois Raméal Fragmenté). Elles supposent souvent une refonte totale et globale de l’exploitation agricole que certains verront, à tort, comme rétrograde. Ainsi, la monoculture extensive, caractéristique de l’exploitation industrielle, cède la place à la polyculture d’autrefois. Le tracteur est parfois délaissé au profit de la traction animale, plus efficace dans un contexte de polyculture et qui participe, par son alimentation et ses déjections à l’entretien et la fertilisation des terres. Ces techniques culturales réhabilitent des pratiques ancestrales et les améliorent des connaissances scientifiques d’aujourd’hui. Elles sont performantes parce qu’elles s’attachent à créer les conditions les plus favorables à l’expression spontanée de l’exubérance de la nature.
Les exploitations agricoles qui adoptent ces techniques produisent beaucoup mais ne sont pas spécialisées. Un permaculteur est à la fois maraîcher, éleveur, apiculteur, arboriculteur, etc. Sur une surface très modeste et avec peu de moyens et peu de main d’œuvre il produit tout au long de l’année toutes sortes de fruits, légumes, œufs, volailles, fleurs, miels, viandes, etc. Son système de production ne cadre pas avec les attentes de l’industrie agro-alimentaire qui brasse de gros volumes. En revanche, ces exploitations peuvent s’intégrer dans le tissu urbain ou semi-urbain. Un hectare peut suffire pour subvenir aux besoins d’un quartier ou d’un bourg que l’on imagine quasiment autonome, non seulement pour son approvisionnement alimentaire mais aussi pour l’adduction d’eau, le retraitement des eaux usées (voir ici) et l’alimentation électrique. Les villes et les campagnes pourraient alors évoluer d’une manière tout à fait différente de ce qu’elles sont aujourd’hui, fonctionnant beaucoup plus sobrement et mêlant agriculture et élevage à des activités artisanales, industrielles ou de services. L’augmentation des coûts de transports et celle des prix agricoles liés à la raréfaction du pétrole ainsi que les aspirations des consommateurs à une alimentation saine et authentique devrait encourager cette évolution. Au modèle de production de masse centralisé et standardisé associé à un système de distribution mondialisé se substituerait, en partie au moins, un réseau d’unités de production réparties, de diffusion locale, plus propice à la biodiversité et sans doute plus apte à s’adapter au réchauffement climatique.

Autre agriculture, autre consommateur

Reste que la productivité de ces exploitations agricoles dépend aussi de ce que l’on y cultive. La culture de céréales produit environ 3,5 tonnes à l’hectare, contre 18 tonnes pour les légumes et 10 tonnes pour les fruits.

Répartition des terres arables par cultures dans le monde (données FAO 2010)
 

Composition du bol alimentaire (moyenne mondiale, données FAO 2010)

C’est ainsi que les céréales qui représentent moins d’un quart du bol alimentaire (23%) mobilisent à elles seules plus de la moitié des terres cultivées (54%) dans le monde. Les fruits et légumes qui constituent 39% du bol alimentaire n’en mobilisent que 19%. L’introduction des céréales dans l’alimentation humaine a transformé les paysages et continue de les transformer … en les appauvrissant. La Sicile fut le grenier à blé de la Grèce Antique et l’Egypte fut celui de l’Empire romain. Ces régions sont aujourd’hui … désertiques. "Le printemps silencieux" annoncé en 1962 par le fameux livre de Rachel Carson est devenue une réalité dans les campagnes françaises où les oiseaux et les insectes ont disparus, victimes de la lutte intensive contre les "nuisibles".

Originellement l’être humain moderne descend d’une très ancienne lignée frugivore, végétarienne et insectivore. L’introduction des poissons, coquillages et des viandes s’est opérée plus tardivement et progressivement, il y a plusieurs millions d’années. La consommation du blé, en tant que base alimentaire, est très récente, trop sans doute pour que notre système digestif y soit adapté. Elle date tout au plus de 10 à 12 mille ans pour la région du moyen orient, 5 à 8 mille ans pour l’Europe, quelques siècles, voire moins pour le reste du monde. A l’échelle de l’évolution humaine, l’adoption des céréales comme base alimentaire a la soudaineté d’un accident, lequel a bouleversé non seulement les habitudes alimentaires mais aussi les modes de vie et les rapports sociaux. Outre la sédentarisation et la naissance des premières villes, elle amène avec elle de nombreuses maladies jusqu’alors inconnues comme les caries dentaires dont on sait aujourd’hui qu’elles sont imputables à la consommation de céréales panifiées, mais aussi, et c’est plus surprenant, un phénomène social jusqu’alors rarissime : la guerre. Bien que relativement nourrissantes, les céréales ne sont pas des aliments dénuées d’effets néfastes sur la santé, notamment parce que les transformations importantes qu’elles subissent avant d’être consommées entraînent la formation de nombreuses molécules chimiques peu assimilables comme les A.G.E, voire toxiques comme l’acrylamide (voir ici). La même remarque s’applique au lait et produits laitiers même si elle concerne davantage les pays riches où la consommation y avoisine les 250 kg/personne/an, presque dix fois plus que celle des pays pauvres (29 kg/pers/an).


Composition du bol alimentaire en Europe et dans les pays peu développés (données FAO 2010)

Tout comme les cultures céréalières, l’élevage dégrade fortement l’environnement lorsqu’il est trop intensif et mobilise une part importante des surfaces agricoles. Et tout comme les céréales, l’adoption du lait et les produits laitiers est très récente au regard de l’évolution humaine. C’est sans doute la raison pour laquelle le lait de vache est mortel pour le bébé et est mal supporté par une proportion significative de la population. Alors que l’on vante dans les pays riches la consommation de lait comme indispensable pour assurer l’apport en calcium, il est surprenant de constater que la prévalence de l’ostéoporose est d’autant plus élevée que la consommation de produits laitiers est importante.

Eu égard aux impacts environnementaux de la production des céréales et des produits laitiers et compte tenu de leur effets discutables sur la santé, il est légitime de se poser la question de leur maintien à un tel niveau de production dans un monde de 12 milliards de bouches à nourrir. En faisant l’hypothèse que la consommation de céréales par habitant reste la même, la part de terres cultivées occupée par les céréales passerait de 54% à 85% en 2050. Cette hypothèse est d’autant plus intenable que les usages non alimentaires de surfaces agricoles sont appelés à croître du fait de la raréfaction des ressources fossiles. Les émeutes de la faim, justement liées à la montée en puissance de ces utilisations non alimentaires qui font grimper les prix, confirment l’impasse dans laquelle se trouve à la fois le modèle agricole industriel qui s’est répandu un peu partout dans le monde et les habitudes alimentaires actuelles. En revanche, en tablant sur une consommation de fruits au double de ce qu’elle est aujourd’hui et en faisant la même extrapolation à l’horizon 2050, la surface occupée par les vergers serait de 32% des terres cultivables.

Aujourd’hui, tous les experts s’accordent sur un constat : Nous ne mangeons pas assez de fruits et de légumes frais. Ce constat est valable pour les pays pauvre autant que pour les pays riches. (témoignage du professeur Luc Montagnier) Il confirme aussi l’intérêt du modèle d’agriculture écolo-productive qui donne les meilleurs résultats avec les cultures vivrières et arboricoles. Les quelques chiffres ci-dessus tirés des bases de données en libre accès de la FAO montrent clairement où se trouve l’impasse et où sont les solutions pour nourrir une planète de 12 milliards d’âmes. Adopter une alimentation plus proche de notre constitution génétique, ce n’est pas seulement une question de santé, de plaisir et de bien-être, c’est aussi soutenir et favoriser le développement d’une production agricole de qualité, régénératrice des milieux naturels et qui prépare un monde accueillant pour nos nombreux fils et filles à venir.


Notes et références

L’agriculture peut-elle nourrir le monde ? Jean-Paul Charvet, professeur émérite à l’Université de Paris Ouest Nanterre La Défense, dresse ici une vision de l’avenir de l’agriculture qui n’interroge pas la problématique de l’alimentation. La fuite en avant productiviste et le recours aux OGM sauveront-ils l’humanité granivore ? L’auteur l’espère.
http://www.cafe-geo.net/article.php3?id_article=1538

Alimentation dans la préhistoire : Ce site, consacré à l’évolution de l’homme, est bien documenté. Il montre que les plus anciennes lignées humanoïdes étaient végétariennes et insectivore. Les suivantes ont progressivement élargie leur palette alimentaire aux viandes et aux poissons.
http://www.hominides.com/html/dossiers/alimentation-prehistoire-nutrition-prehistorique.php

Agrimonde, prospective sur les futurs possibles des agricultures et alimentations du monde en 2050.
http://www.science.gouv.fr/fr/a-decouvrir/bdd/res/3893/agrimonde-prospective-sur-les-futurs-possibles-des-agricultures-et-alimentations-du-monde-en-2050/

Rapport Agrimonde : changeons d’alimentation !
http://www.neo-planete.com/2011/01/13/le-rapport-agrimonde-lhomme-va-devoir-modifier-son-alimentation/

L'agro-écologie peut doubler la production alimentaire mondiale en 10 ans, selon l'ONU. Concilier productivisme agricole et performance environnementale permet ''d'obtenir des rendements beaucoup plus importants que l'agriculture conventionnelle'', assure le rapporteur de l'ONU.
http://www.actu-environnement.com/ae/news/rapport-onu-agro-ecologie-rapporteur-alimentation-12110.php4

Epidémiologie et ostéoporose, démanteler les mythes
http://www.vegetarismus.ch/heft/f2001-3/osteoporose.htm 

Le livre de Thierry Souccar : Lait, mensonges et propagande
http://www.thierrysouccar.com/les_livres/nutrition/lait_mensonges_et_propagande

Portail des données statistiques de la FAO d’où sont extraits les chiffres cités dans cet article.
http://www.fao.org/corp/statistics/fr/

samedi 31 juillet 2010

Solutions pour nourrir la planète : La nature ou les experts ?

Avec les beaux jours, je ne résiste pas à l’appel de la nature. La vie urbaine me paraît tout à coup pesante, sale, étriquée lorsque le temps devient plus clément, que le soleil incite à se dévêtir et que la nature s’épanouit somptueusement. Ce n’est pas la nature proprette et corsetée des jardins publics qui m’attire, ni celle morne et monotone des champs de blé mais la nature sauvage et indocile, abandonnée à elle-même, celle des herbes hautes, des frondaisons ombragées, des taillis tentaculaires, des bords de chemin encombrés de mauvaises herbes. Et même si je trouve à ces milieux quelque peu épargnés de la tutelle humaine ce charme qui est celui de la spontanéité de la vie s’exprimant sans consigne ni contrainte, ce n’est pas tant la beauté que j’aime, mais la générosité de cette nature qui donne, sans qu’on ne lui ait rien demandé, les meilleures nourritures. J’aime cueillir dans la nature, grimper sur l’arbre comme je le fis sans doute il y a longtemps sur les genoux de ma mère, pour gober ce fruit qui pend à ses branches, ou m’aventurer dans les jupes d’un taillis pour y happer ses baies. Je me sens alors exister, non seulement par le plaisir d’être là au milieu d’elle, mais aussi parce que je fais partie d’elle, au même titre que l’abeille qui butine, le mulot qui se terre, le chevreuil qui me fuit, le renard dont je n’ai pu voir que les traces près d’une flaque.
Chaque année, la nature me distille quelques uns de ses secrets : des plantes que je côtoyais sans les voir et qui se révèlent être comestibles ou médicinales, des baies sauvages dont j’ignorais l’existence et qui sont délicieuses, et chaque année je m’étonne de l’opulente prodigalité de cette nature livrée à elle-même. Grandit alors en moi ce sentiment qu’il n’est guère nécessaire de la maltraiter pour obtenir d’elle de quoi se nourrir. Un sentiment étayé par de nombreux témoignages qui fleurissent sur internet sur les alternatives au modèle agro-industriel. Parmi elles, la permaculture qui a tout particulièrement retenu mon attention, justement parce qu’elle consiste à obtenir beaucoup en intervenant peu. Cultiver la terre en lui laissant le temps de donner ce qu’elle peut donner, en respectant ses rythmes et ses contraintes et obtenir en contrepartie l’abondance, voilà une voie d’avenir pour nourrir la planète.

N’est ce là qu’utopie ? Non, je ne le crois pas. Je suis même tout à fait convaincu du contraire. N’est-il pas trop utopique de croire que l’on peut nourrir durablement la planète en la maltraitant comme le fait ce système agro-industriel qui privilégie l’avantage économique au détriment de tout le reste : pollution des rivières et des nappes phréatiques, algues vertes, problèmes sanitaires liés à une nourriture de qualité médiocre et à une surproduction de viande, impacts sur le réchauffement climatique, réduction de la biodiversité, disparition des abeilles, etc. ? N’est-il pas illusoire de croire que ce système, rentable pour quelques uns, ruineux pour tous les autres, ait quelque avenir ?

Connaissez-vous l’IAASTD (International Assessment of Agricultural Science and Technology for Development en français l’EISTAD pour Evaluation Internationale des Sciences et Technologies Agricoles pour le Développement) ? Dans le flot d’une actualité souvent déprimante, ni la création de ce groupe de travail en 2002, ni la publication de son premier rapport de synthèse en 2008 n’ont émergé dans les média. Ses conclusions sont pourtant d’une importance capitale pour l’avenir de ce monde. Jugez-en. Créé à l’initiative de la Banque Mondiale, il s’agit d’un groupe de travail intergouvernemental, interdisciplinaire et polyphonique impliquant des ONG, des entreprises, des instituts de recherche, des organismes internationaux comme la FAO, l’UNESCO, l’UNPD, etc.. Son but est d’être un outil d’aide à la décision pour tous les gouvernements et les décideurs de la planète. Son premier rapport dont la rédaction a mobilisé plus de 400 experts internationaux sur trois ans, est sans complaisance.
Il critique l’agriculture intensive, qui réduit la biodiversité, lessive et pollue les sols, pointe les risques environnementaux et sociaux liés aux OGM, dénonce les brevets qui limitent la recherche, préconise l’agriculture biologique, affirme que la sécurité alimentaire des populations, notamment les plus pauvres, passe par le maintien voire le développement d’une agriculture paysanne et appelle à une réorientation de la recherche. Selon ces experts, les rendements obtenus par l’agriculture intensive pourraient être égalés voire dépassés en agriculture biologique si la recherche s’intéressait davantage à l’étude des écosystèmes, aux interactions entre les différents végétaux et animaux qui les composent, à la façon dont ces milieux s’équilibrent plutôt que de se focaliser sur l’éradication de tel ravageur ou de telle maladie.

L’agriculture biologique, la biodynamie, la permaculture ainsi que de nombreuses techniques connexes comme la fertilisation par le BRF (Bois Raméal Fragmenté), la culture sans labour, la lutte intégré des ravageurs, la conservation et la diffusion de variétés anciennes, etc., toutes ces approches longtemps dénigrées, voire pour certaines refoulées dans l’illégalité, sont aujourd’hui considérées par les experts de l’IAASTD, non seulement comme pertinentes et efficaces, mais incontournables pour assurer la pérennité de l’approvisionnement alimentaire. A l’inverse l’agriculture intensive et tout le modèle économique basé sur la grande distribution sur lequel il s’appuie, jusqu’à récemment vantés comme LA solution, apparaît aujourd’hui comme LE problème à résoudre pour nourrir la planète.

Faire avec la nature et non contre elle. Tel est en définitive la démarche préconisée par ces experts. Ce n’est donc pas une utopie, la nature sait être généreuse et abondante pourvu qu’on la respecte. L’attrait qu’elle suscite par sa magnificence, par ses paysages grandioses, par son exubérance et ses richesses infinies doit nous rappeler qu’elle n’est pas là simplement pour le spectacle mais qu’elle est tout à la fois notre garde-manger et notre armoire à pharmacie, qu’elle nous offre gracieusement le gîte et le couvert.

Les biotechnologies modernes ne sont pas adaptées aux petits agriculteurs

Tous les documents sur IAASTD

L’IAASTD vu par les ONG

Article sur la permaculture

Permaculture dans Wikipédia

Le site français sur la permaculture

Forum français sur la permaculture

vendredi 16 avril 2010

Solutions locales pour un désordre global : la réponse de Coline Serreau

En imaginant la confrontation de notre civilisation à une autre, extraterrestre certes, mais pacifique et sereine, Coline Serreau avait mis le doigt, dans son film "La Belle Verte", sur la futilité et l’immaturité de nos modes de vies. Mais plutôt que la critique sociale la principale originalité de ce film venait de ce que les extraterrestres incarnaient l’idéal d’une société apaisée, sobre et axée sur la qualité de vie, … et ils mangeaient cru. Signe que l’alimentation, dans l’esprit de l’auteur, est un marqueur déterminant du niveau d’évolution d’une société. Sans doute est-ce là l’une des motivations de Coline Serreau qui, pour ce nouveau film, a mis, provisoirement je l’espère, de coté la fiction et ses libertés pour un genre plus terre à terre : le documentaire.

La bande annonce du film :


Au-delà des constats sur l’état de la planète, consternants par ce qu’ils dénotent de l’avidité et de la myopie humaine, affligeants par l’ampleur des dégâts, déprimants par ce qu’ils révèlent des impasses de nos modes de vie modernes, Coline Serreau a choisi de nous démontrer que des solutions existent et nous fait entendre les réflexions de ceux qui inventent et expérimentent des alternatives.

Caméra au poing, Coline Serreau a parcouru le monde pendant près de trois ans à la rencontre de femmes et d’hommes de terrain, penseurs et économistes, qui expérimentent localement, avec succès, des solutions pour panser les plaies d’une terre meurtrie.

Avec de nombreux intervenants venus de tous horizons, la réalisatrice appuie les propos tenus par des images on ne peut plus explicites. On découvre l'agriculture bio en Inde et les paysans du Burkina-Faso apprenant à faire de l'engrais écologique. On va de la région parisienne au Maroc, en passant par le Brésil et ses paysans sans terre. Bref, on voyage, et à chaque lieu visité, une réponse au "tout-engrais" est apportée, propre, écologique, et surtout efficace.

Chaque personne interviewée apporte sa pierre à l'édifice, aucun intervenant ne vient gâcher l'ensemble du propos : les paysans sans terre du Brésil, Kokopelli en Inde, M. Antoniets en Ukraine… tour à tour drôles et émouvants, combatifs et inspirés, ils sont ces résistants, ces amoureux de la terre,

On retiendra particulièrement Claude et Lydia Bourguignon, des chercheurs qui ont quitté l'INRA pour mener leurs propres expériences sur le terrain, et qui ont une certaine faculté à démontrer par l'absurde que le chemin que nous avons emprunté pour la culture de nos sols est loin d'être le bon.

On y apprend mille choses, notamment que le déclin de l'agriculture remonte aux deux guerres mondiales (pour vous la faire courte, les soldats morts au front lors des deux conflits étaient en majorité des paysans, et les recherches menées pour les gaz de combat ont abouti aux insecticides et aux engrais que nous connaissons aujourd'hui), et que le sauvetage de notre monde passe par… les femmes. Oui, les femmes. Vous découvrirez pourquoi, mais sachez que le propos est très judicieux.

C'est l'histoire d'un tour du monde au ras de la terre, cette terre nourricière dont on s'est écarté et pourtant oh combien importante pour nourrir la planète ! Cette terre mise à mal par les semenciers, amaigrie, lessivée, dévitalisée... Et c'est l'histoire de ces hommes qui ont perdu le contact de la terre, en même temps qu'ils ont perdu leur bon sens.

C'est aussi de l'espoir ! La force d'un constat identique et partagé à des milliers de kilomètres par ces êtres humains qui, sans se connaître ni se concerter, disent tous la même chose. Et la force du témoignage sur des expérimentations de cultures naturelles qui réussissent partout dans le monde, qu'il nous faut découvrir et développer, parce qu'elles redonnent ses valeurs inestimables à la terre, et rendent aux peuples leur autonomie alimentaire.

Entretien avec Coline Serreau :