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jeudi 30 juin 2016

Etat des connaissances scientifiques sur les mécanismes de la nutrition humaine

Récemment sur France Inter, l’émission « La tête au carré » avait pour thème « les mécanismes de la faim ». Sujet crucial pour qui s’intéresse à la nutrition. N’ayant pu l’écouter lors de sa diffusion, je l’ai retrouvée en lançant une recherche sur internet avec, en guise de mots clés, le titre de l’émission. J’ai ainsi pu l’écouter. Par la même occasion j’ai aussi glané dans les résultats de recherche quelques articles sur ce sujet dont un de la revue scientifique « La Recherche ». J’ai aussi découvert une émission sur le même thème sur France Culture avec d’ailleurs la même invitée : Marie Thirion. Je me suis d’abord dit qu’il s’agissait des mêmes émissions, mais non. L’article de « La Recherche » aborde cette question sous l’angle des mécanismes biochimiques à l’œuvre au niveau du système digestif. Ce domaine d’étude, longtemps boudé, a été ramené au premier plan des préoccupations des scientifiques à cause de l’épidémie d’obésité. Le but de leurs recherches évidement : trouver la pilule miracle contre l’obésité. Mais le chemin est parsemé d’embuches. Les chercheurs trouvent des tas de choses mais ce qu’ils découvrent, c’est que les mécanismes de la faim sont terriblement compliqués et qu’ils ne sont pas au bout de leurs peines. En gros, il y a le noyau arqué, logé dans la partie la plus ancienne du cerveau, l’hypothalamus, qui serait le chef d’orchestre et une kyrielle de neurotransmetteurs et d’hormones pour jouer la musique de notre appétit.

L’émission sur France Inter a davantage porté sur les aspects psycho-affectifs. Les intervenants ont parlé rythmes alimentaires, nombre de repas par jour, faim du bébé, nombre de tétées par jour. Ils expliquent que nos expériences passées, celles de la prime enfance, déterminent notre comportement alimentaire présent. Ils reprennent aussi l’approche freudienne de la période orale chez l’enfant pour expliquer certaines de nos appétences ou de nos aversions alimentaires. Ils insistent aussi beaucoup sur l’environnement affectif qui accompagne l’acte de manger. Tout cela est certes passionnant mais sans intérêt pratique pour ceux qui souffrent d’obésité.

Sur France Culture, Marie Thirion, médecin et auteure du livre « Pourquoi j’ai faim », enfonce le clou. Elle affirme que les raisons qui nous font manger sont largement inconscientes. C’est pourquoi les régimes ne marchent pas. Tenter, par la seule volonté, de contrôler son alimentation est voué à l’échec. Qu’on le veuille ou non, nous sommes irrémédiablement sous l’emprise de nos désirs et de nos conditionnements. N’importe quoi peut déclencher le désir de manger : une odeur, la vue d’un plat, un bruit de casserole, les publicités, la lecture d’une recette, parler nourriture. Dès qu’arrive l’heure du repas, nous ressentons de la faim, nous avons l’estomac qui gargouille. Chez certaines personnes, ce conditionnement est tel, qu’il leur est impossible de sauter un repas.

A écouter tous ces spécialistes il n’y aurait donc pas de solution, de perspective de guérison lorsque l’on souffre de troubles du comportement alimentaire ? Lorsqu’on lui pose cette question, Marie Thirion désigne un coupable : l’agro-alimentaire. Une catastrophe de santé publique, selon elle. Si solution il y a, elle consisterait à éviter ces produits. Bien, mais pour les remplacer par quoi ? Par du « fait maison » ? Un gâteau au chocolat mijoté dans le four familial est-il plus sain qu’une barre chocolatée vendue en supermarché ? Pas si sûr ! Alors quoi ? Se priver de tout ce qui est trop sucré, trop salé, trop gras ? Votre inconscient mettra vite vos meilleures résolutions au tapis. Sur ce point, celui d’une solution pratique, le discours des scientifiques se fait plein de circonvolutions, de nuances, d’à peu près, de cas particuliers.

Pourquoi ? Parce que les mécanismes de la nutrition sont beaucoup plus complexes que ce qu’ils imaginaient il y a encore quelques années. Sans doute aussi parce que, s’ils sont convaincus que l’alimentation moderne ne convient pas à nos organismes, ils ne savent pas encore définir ce qu’est une alimentation qui convient.

Peut-être qu’en mettant en perspective des savoirs de domaines différents émergeraient des réponses à cette question. Les observations de Sabrina Krief sur le comportement alimentaire des chimpanzés ne peut-il suggérer quelques pistes de réflexion ? Cette capacité qu’ont les singes à détecter la nourriture qui leur convient dans la nature, peut-elle exister chez son proche cousin, l’être humain ? Les découvertes des mécanismes biologiques, le dialogue permanent entre le cerveau reptilien et le système digestif, la présence d’un deuxième cerveau, tout cela suggère que les mécanismes de régulations sont nombreux et sophistiqués. Se pourrait-il qu’ils le soient assez pour que nous puissions, tout comme les singes, détecter par nous-même la nourriture qui nous convient et la consommer sans excès ? Dans ce cas, quels mécanismes seraient mis en œuvre ? Les découvertes récentes sur l’olfaction ne peuvent-elles pas apporter un début de réponse ? Enfin, d’une manière plus générale, pléthore d’études scientifiques ont montré que les aliments consommés crus, habituellement les fruits, mais pas qu’eux, ont des effets bénéfiques, voire très bénéfiques sur la santé. Cela ne pourrait-il pas suggérer que ce sont ces aliments-là qui nous conviennent le mieux ? Au regard de l’évolution, quel type d’alimentation est susceptible d’être celle qui nous convient ? Le Coca-Cola ou la figue ?

Il y a des choses simples, que tout un chacun peut aisément vérifier empiriquement, qui tardent à être validées scientifiquement. La nutrition est de celles-là. Oui, empiriquement, tout un chacun peut constater que son corps réagit différemment avec chacune des nourritures crues. Il y a la phase d’appétence qui nous attire vers une nourriture et pas vers l’autre, la phase de jouissance, celle du plaisir de manger et dont l’intensité est corrélée au besoin qu’a l’organisme de cette nourriture et la phase de satiété qui signale la satisfaction de ce besoin. Ne tardez pas à en faire l’expérience ! Profitez de l’été et de l’automne pour cela. Ce sont les saisons qui offrent le plus large choix de fruits bon marché. Avec des variétés rustiques de fruits ou de légumes, en faisant confiance à vos sens de l’odorat et du goût, vous identifierez facilement ces trois phases. Vous y êtes ? Alors vous venez de faire une découverte scientifique majeure.

France Inter : La Tête au Carré - Les mécanismes de la faim
La Recherche : Des hormones pleines d’appétit
France Culture : Révolutions médicales - Les mécanismes de la faim
Pourquoi j’ai faim, Marie Thirion, Editeur Albin Michel

samedi 30 avril 2016

L'eloge du cru

C’est le livre qui manquait. L’éloge du cru de Dominique Guyaux vient de paraître. Vous le trouverez dans toutes les bonnes librairies ainsi que sur les sites internet de vente en ligne. Dans la cacophonie générale qui règne sur ce sujet qu’est la nutrition, Dominique Guyaux apporte un éclairage salutaire. Ce n’est certes pas le premier livre consacré à l’alimentation crue et bien évidement vous y trouverez de nombreuses confirmations scientifiques des bienfaits de l’alimentation crue et des méfaits de la cuisson. Le principal intérêt de ce livre, ce qu’aucun des ouvrages sur ce sujet n’aborde, c’est le rôle central qu’occupent nos fonctions sensorielles lorsque nous nous alimentons.

D’abord, vous découvrirez les performances étonnantes du nez humain capable selon une étude récente (2014 voir référence ci-dessous) de discerner des milliards d’odeurs différentes. Mais ce n’est pas là l’essentiel. Car dans son livre tiré de la thèse qu’il a soutenue, Dominique Guyaux nous explique que ces performances ne sont pas là par hasard. Elles sont au service de « l’analyseur sensoriel périphérique ». Il ne s’agit pas à proprement parler d’un organe mais plutôt de l’ensemble des systèmes neurologiques qui concourent à la régulation de la prise alimentaire. De quoi s’agit-il ? Comme le savent tous les automaticiens, qui dit régulation, dit capteur et boucle de rétroaction. Le régulateur de vitesse de votre voiture mesure la vitesse, c’est la partie capteur, l’ordinateur de bord ajuste l’arrivée des gaz, soit en moins, soit en plus, selon la vitesse du véhicule, c’est la rétroaction. Le nez, avec son épithélium et son bulbe olfactif capte des informations sur la composition moléculaire des aliments qui se trouvent à proximité, mais aussi de ceux que nous sommes en train de mastiquer grâce à l’olfaction rétronasale. C’est la partie capteur. Ces informations sont traitées par le système nerveux central qui ajuste les fonctions sensorielles et gustatives selon les besoins nutritionnels de l’organisme. En d’autres termes cela signifie que l’odeur, le goût, la consistance des aliments varient en fonction des besoins de l’organisme. C’est la rétroaction.

Oui, vous avez bien lu, votre nez vous sert à réguler votre alimentation. Cela vous étonne ? Évidemment vous êtes sceptiques. Ça n’a jamais marché pour vous qui bataillez depuis des années pour ne pas grossir ! Eh bien détrompez-vous ! Vous pouvez, vous aussi, profiter de ce pouvoir régulateur qui est en vous et retrouver une pleine sérénité vis-à-vis de l’alimentation. Mais il y a une condition. Il faut manger cru. Pourquoi ? Tout simplement parce que notre analyseur sensoriel périphérique nous vient du fond des âges et il ne fonctionne bien qu’avec des aliments qui existaient dans l’environnement de ces époques reculées. Nos lointains ancêtres en étaient équipés bien avant qu’ils ne deviennent des primates. D’ailleurs toutes les espèces animales en dispose car ce système de régulation est LE facteur déterminant de l’adaptation au milieu. Sans lui, impossible de distinguer dans son environnement ce qui est bon de ce qui est toxique. Sans lui, pas de survie possible. Innocemment nous connaissons tous cela. Cela ne nous étonne pas de voir les animaux sentir, « toucher du nez », avant de manger, nous comprenons que cela leur permet d’identifier ce qu’ils mangent et d’éviter de s’empoisonner. Mais nous attribuons cela à des capacités propres aux animaux et considérons que cela n’est pas valable pour nous, humains civilisés. Dans son livre, Dominique Guyaux nous rappelle que, bien qu’humain, nous appartenons toujours au règne animal. Nous, humains civilisés, avons un nez pour sélectionner notre nourriture, un sens du goût pour doser la quantité à ingérer. C’est cela qui a fait que notre espèce a traversé les millénaires en s’adaptant constamment à son milieu. C’est cela qui a fait qu’elle n’a pas été éliminée par la sélection darwinienne. Cet héritage biologique, nous ne l’avons pas perdu. Il est toujours là et il ne tient qu’à nous d’en profiter.

Chaque fois que nous mangeons quelque chose de cru, un fruit par exemple, notre analyseur sensoriel périphérique décortique sa composition chimique, les molécules qui le compose, leurs agencements, leurs constructions particulières. Il retrouve dans sa base de données génétique construite au fil des millénaires des correspondances avec des éléments présents dans l’environnement de ces lointaines époques et auxquels il a déjà été confronté. Cela lui permet d’identifier précisément de quoi il s’agit. Dès lors, il sait ce qu’il peut en tirer, ce qu’il va falloir extraire rapidement pour répondre aux besoins immédiats de l’organisme, ce qu’il va falloir stocker en prévision de besoins futurs, ce qu’il va falloir rendre à la nature pour assurer le renouvellement de l’environnement. Sans attendre, il déclenche la sécrétion d’enzymes spécifiques pour le dégrader, active la reproduction des microorganismes du microbiote qui vont être mobilisés, et bien d’autres choses encore. Enfin et c’est là la seule chose dont nous soyons conscients, il contrôle les centres du plaisir. Alors nous savourons tant que l’analyseur sensoriel périphérique juge utile que nous mangions et les sensations de satiété s’imposent lorsqu’il juge que ce n’est plus nécessaire.

Lorsque ce que nous ingérons est mélangé, cuit, assaisonné, broyé, l’analyseur sensoriel périphérique peine à retrouver des correspondances fiables. La cuisson, notamment, introduit de nombreux composés moléculaires qui ne sont pas référencés dans sa base de données génétique. Il en va évidemment de même des produits chimiques de synthèse issus des produits phytosanitaire, des conservateurs, des colorants et des adjuvants synthétiques. La régulation devient quasiment inopérante. Elle se limite à des sensations de réplétion ou de nausée. Les quantités que nous consommons sont alors très au-delà de ce qui est souhaitable. La digestion est compliquée, imparfaite, de nombreux métabolites étrangers passent la barrière intestinale, polluent les tissus, accélèrent le vieillissement.

Alors certes, manger cru est sans doute la meilleure façon de s’alimenter, mais elle n’est pas toujours compatible avec notre mode de vie. Certes l’alimentation moderne est néfaste et il faudrait la bannir. Entre l’idéal et le pire, Dominique Guyaux nous propose tout un panel d’alternatives, allant du crudivorisme façon "cueilleur" ou "collecteur", jusqu’au régime hypotoxique du docteur Seignalet. Il consacre à ce sujet tout un chapitre de son livre, détaillant les avantages et les inconvénients de chacune de ces alternatives. Plein d’astuces et de conseils pratiques, cet ouvrage ne se limite pas à des considérations théoriques. Il vous permettra aussi de concilier votre légitime souci de préserver votre santé avec les contraintes de votre quotidien.


Références :

L'éloge du cru, Dominique Guyaux, Editions Médicis :

Le nez humain est capable de repérer 1000 milliards d'odeurs
La publication en anglais : Humans Can Discriminate More than 1 Trillion Olfactory Stimuli

dimanche 31 janvier 2016

Le cru par l’exemple : Pourquoi pas vous ?

Récemment encore, sur la page Facebook Manger-cru, une internaute demandait s’il existait des cours d’initiation à l’alimentation crue. La question paraît pertinente. Pourtant, a-t-on besoin de cours d’initiation pour pratiquer le jogging ? Bien sûr que non. Il en va de même pour ce qui est de manger cru. C’est aussi simple et naturel que de courir. Cela semble néanmoins d’une immense difficulté à certaines personnes. Elles pensent que cette façon de s’alimenter doit être terriblement ascétique, qu’il doit être compliqué de manger équilibré, que le cru intégral est impossible, que ce peut être dangereux pour les enfants. Ce ne sont là que des idées fausses dont certaines sont entretenues par les retours d’expérience de diverses sortes de régimes tels que l’ « Alimentation vivante », le « raw vegan », etc. . Les sites web et les livres consacrés à ces formes de crudivorisme, très en vogue dans les pays anglo-saxons, rivalisent d’ingéniosité pour proposer des recettes de cuisine à base d’ingrédients crus. Pour attrayants qu’ils soient, ces régimes se révèlent peu gratifiants du point de vue gastronomique par rapport au cuit, sans pour autant être équilibrés, même s’ils sont globalement moins toxiques. A la longue, les frustrations qu’ils engendrent rendent inévitable le retour au cuit. C’est pourquoi leurs promoteurs proposent des aménagements cru/cuit comme par exemple le régime 80-20, 80% de cru et 20% de cuit.

Pratiquer le crudivorisme, c’est manger cru sans cuisiner. Ce n’est pas sexy, cela semble radical à l’excès, c’est pourtant ce qui permet d’expérimenter des niveaux de plaisir gastronomiques souvent supérieurs aux meilleurs plats cuisinés. Cela vous étonne ? Vous n’y croyez pas ? Vous changerez d’avis lorsque vous aurez essayé.

Revenons au quotidien. Dans la pratique de tous les jours, manger cru c’est juste remplacer les plats cuisinés par des crudités, des fruits, des oléagineux, des graines germées. Rien de bien compliqué en vérité, si ce n’est que cela change quelques habitudes. Cela se fait facilement quand on se contente de manger cru occasionnellement. Par exemple faire un repas cru de temps en temps, le week-end ou pendant les vacances. Dans ce cas il suffit de profiter des fruits et légumes de saison, notamment à la belle saison et au début de l’automne, lorsqu’ils sont abondants, variés et abordables. Si l’on veut aller plus loin, passer au cru intégral durant quelques jours ou quelques semaines, voire plus, il faut effectivement s’organiser différemment, diversifier ses sources d’approvisionnement, faire attention à la qualité des produits et diversifier son alimentation. Il est vrai que cela requiert une certaine expérience. Là encore, rien de bien compliqué mais tellement à contre-courant des facilités de notre société de consommation qu’il faut un certain temps d’adaptation.

Plutôt que des cours ou des stages d’initiation, le mieux serait peut-être que les personnes intéressées par cette pratique alimentaire côtoient ceux qui la vivent au quotidien. C’est en accompagnant des crudivores que vous découvrirez où ils font leurs courses, comment ils reconnaissent les bons produits, comment ils les entreposent chez eux, comment la vie s’organise quand tout le monde ne mange pas cru dans la famille, comment ça se passe avec les proches, les amis, les collègues. Et c’est en partageant leurs repas que vous vous rendez compte que tout est plus simple. Pas de cuisine à faire, préparation minimaliste des repas, peu de vaisselle. De leur côté les crudivores que vous rencontrerez apprécieront sûrement de partager leur expérience. Ce sera pour eux le moyen de transmettre un savoir-être, certes un peu atypique, mais tellement gratifiant. Ils vous expliqueront ce que le cru leur aura apporté de santé, de plaisirs, de découvertes et de bien-être. Vous verrez que malgré tout, leur mode de vie est semblable au vôtre. L’expérience vous tente ? Que vous soyez crudivore ou intéressé par cette pratique, la page Facebook Manger-cru est à votre disposition pour vous mettre en relation. Par message privé indiquez vos coordonnées, vos disponibilités, si vous êtes crudivore ou personne intéressée. En tant qu’administrateur de la page Manger-cru, je me charge de faciliter les échanges et organiser si besoin les rencontres.


A bientôt.

samedi 27 juin 2015

Qu’est-ce que le crudivorisme ? Les réponses à vos questions ...

Ce mois-ci je vous propose quelques réponses aux questions qui reviennent les plus souvent dans vos messages à propos de l’alimentation crue. En espérant qu’elles vous seront utiles.


Ne risque-t-on pas de se carencer en mangeant cru, notamment en hiver ?

Si vous mangez cru en vous abstenant de mélanger, broyer, assaisonner ou réduire en jus, vous avez les meilleures chances d’avoir une alimentation bien équilibrée. En préservant les saveurs originelles des aliments, cette façon de manger cru permet à votre corps de bien identifier les aliments et d’en extraire ce dont il a besoin avec exactitude.


Sans assaisonnement, les légumes doivent être immangeables ?

Il faut parfois un certain temps d’adaptation pour apprécier les légumes tels que les diverses sortes de salades ou de choux, les brocolis, fenouil, céleris. Ce sont des aliments très riches en nutriments essentiels qui contribuent énormément à l’équilibre métabolique. Consommés régulièrement, même en quantité modeste, ils renforcent le niveau général de plaisir lors des repas.


Justement, le fait de les rendre plus faciles à manger, en les assaisonnant par exemple, devrait permettre de mieux profiter de leur richesse en nutriments ?

Justement non, parce que le mélange des saveurs trouble le travail de notre bulbe olfactif chargé d’analyser ce que nous mangeons. De ce fait, il transmettra des instructions plus ou moins pertinentes au système digestif. La sécrétion des sucs digestifs en sera perturbée. Parfois ceux-ci ne seront pas les bons, parfois ils seront trop abondants, parfois en quantité insuffisante. Il s’en suivra une digestion imparfaite, certains nutriments pouvant ne pas être assimilés alors que d’autres moins nécessaires passeront dans le sang en surnombre. Au bout du compte, les apports ne correspondent pas aux besoins.


C’est quand même mieux de manger cru assaisonné que cuit ?

Bien sûr. Les transformations chimiques induites par la cuisson sont autrement plus problématiques pour notre système digestif qui doit faire face à une multitude de molécules nouvelles inconnues de notre patrimoine génétique. Il n’empêche, si vous prenez l’habitude d’altérer le goût originel de vos aliments vous perdrez en plaisir. C’est paradoxal et contre intuitif mais c’est la réalité. Cela est dû au décalage créé par l’artifice entre l’analyse du contenu et la réalité des apports nutritionnels. La fonction principale du goût est de nous attirer vers ce qui est bon et utile à notre corps et de nous éloigner de ce qui est néfaste ou inutile. Elle a pour effet de nous donner du plaisir à manger ce qui est bon et utile et de rendre insipide, voire désagréable, tout le reste. Sucrer, saler, épicer, ajouter de la sauce, tous ces artifices détournent notre sens du goût de sa fonction régulatrice. A cause de ce détournement, la répétition de sensations gustatives dénaturées se traduit invariablement par une baisse du niveau de plaisir. Un nivèlement par le bas auquel se conjugue un sentiment de frustration latent qui se traduit souvent par un rapport conflictuel à son alimentation : comportements compulsifs, addictions, boulimie, culpabilité, sentiment de se faire du mal, etc.


Peut-être mais quand même, ça ne vous manque pas un bon Cabernet, ou un bon vin de Bordeaux ?

C’est un autre effet de l’alimentation transformée. Elle contient parfois des molécules qui agissent sur les centres du plaisir. C’est le cas, entre autres, de l’alcool. Alors c’est vrai que les vins donnent des sensations de plaisir, mais de plaisir vide car c’est un plaisir qui n’est pas la récompense d’un apport utile à l’organisme. C’est même un plaisir dangereux car il devient très vite addictif.


Ce régime n’est-il pas contraignant ?

« Régime » n’est pas le terme approprié dans la mesure où il s’entend habituellement comme un mode d’alimentation temporaire et contraint ayant généralement un but thérapeutique. Bien que s’abstenir de toute forme de transformation puisse apparaître comme une contrainte, le crudivorisme n’est en rien contraignant puisqu’il consiste à manger selon son bon plaisir sans se soucier d’équilibre diététique ni de quantité.


Justement n’y a-t-il pas des quantités journalières recommandées ? Je mange beaucoup de carottes et j’ai lu un article qui dit que cela peut favoriser le cancer du poumon. Je mange beaucoup de dattes j’ai peur d’avoir trop de sucres. Ne risque-t-on pas des carences en protéines ?

Sous réserve d’un bon approvisionnement en fruits, légumes, oléagineux, miels, etc., y compris des produits animaux, crustacés, coquillages, poisson, viandes (même si c’est occasionel), sous réserve que ces nourritures soient de bonne qualité, bio de préférence, et qu’elles ne soient pas dénaturées par du broyage, des mélanges, de l’assaisonnement, vous pouvez faire confiance en vos sensations, en vos perceptions olfactives et gustatives. Elles sont fiables.
N’ayez aucune crainte. Si la carotte est bonne pour vous, c’est que votre organisme en a besoin. Si ce n’était pas le cas, vous n’auriez aucun plaisir à en manger. De même pour les dattes qui, comme le miel ou les fruits secs, donnent en bouche des sensations de brûlure quand l’organisme a fait le plein.
Pour ce qui est de l’équilibre nutritionnel en général et des protéines en particuliers, elle est garantie par la diversité. Vous trouverez les protéines végétales dans les oléagineux, les avocats, le safou, les légumineuses. Ne négligez pas les protéines animales comme les œufs, les fruits de mer, le poisson, la viande. Dans les légumes vous trouverez quantités de principes actifs et de micro-nutriments qui vont contribuer à votre équilibre métabolique. Pour ce qui est des fruits, n’hésitez pas à élargir votre choix au maximum. Recherchez les variétés anciennes, souvent beaucoup plus nutritives. Ne vous contentez pas des fruits locaux, surtout en hiver. Un apport de fruits exotiques est souvent nécessaire sous peine de ressentir à la longue de la frustration, voire des envies de retour au cuit. Cet apport peut être modeste, 10% suffisent largement, mais il est nécessaire.


La viande crue ?! Vous mangez de la viande crue ?

Oui bien sûr. La viande est d’ailleurs bien meilleure crue que cuite. Ceux qui affirment que la cuisson attendri la viande se trompent lourdement. S’ils prétendent cela c’est qu’ils n’en n’ont jamais mangée crue. Les bons bouchers testent la viande en la goûtant crue. C’est ainsi qu’ils peuvent réellement se rendre compte de sa qualité. Cela dit la viande reste une part modeste de l’alimentation humaine. Modeste mais nécessaire, notamment à cause de la vitamine B12. A défaut de viande, les œufs constituent une bonne source de cette vitamine quasiment introuvable dans le monde végétal. Il faut savoir que cette vitamine n’est pas synthétisée par l’organisme, qu’elle doit impérativement être apportée par l’alimentation sous peine de carence dont les conséquences ne sont pas anodines.


Que répondez-vous à ceux qui refusent la viande par respect de la vie animale ?

Quelque soient les raisons philosophiques, religieuses ou autres, qu’elles soient bonnes ou pas, elles ne peuvent se substituer aux fondamentaux de notre constitution biologique. Pour ceux que cette réalité indispose, il reste la possibilité de prendre de la B12 en comprimé sur prescription médicale.


Reste le problème de l’impact écologique. Celui de la viande est particulièrement désastreux.

Il est dû à la consommation largement excessive de viandes dans les pays développés. Pour être consommée crue la viande doit provenir d’animaux en bonne santé, élevés toute leur vie dans leur milieu naturel, pratiquement à l’état sauvage, sans apport de nourriture en hiver, sans soins artificiels tels que des vaccinations ou des antibiotiques. De tels élevages, il en existe, ont un impact positif sur l’environnement. Ils contribuent efficacement à l’entretien d’espaces naturels parfois peu accessibles et à la régénération des sols grâce à leurs déjections. Bien que peu productif, ce type d’élevage peut largement suffire aux besoins humains partout sur la planète. On est loin des élevages concentrationnaires industriels.


Et les fruits exotiques ? Par idéal pour le bilan carbone !

Il est quand même bien meilleur à celui des produits alimentaires de la grande distribution. La part de produits exotiques peut rester modeste, de l’ordre de 10%. C’est la pauvreté de la biodiversité locale qui la rend nécessaire. Pour maximiser l’approvisionnement local, il faut privilégier les variétés rustiques et réhabiliter des fruits et légumes méconnus afin d’améliorer la couverture nutritionnelle et limiter ainsi le recours à des produits importés de pays lointains.


Quel nom donnez-vous à ce régime ?

A cette pratique alimentaire ? Crudivorisme, tout simplement. Le mot vient d’entrer dans le dictionnaire.