mardi 31 mai 2016

Quelques mots sur un légume exotique : le Bengkoang

Pachyrizus erosus, ce nom barbare ne vous rien. Il s’agit d’une plante, d’une liane en fait, qui pousse dans les régions tropicales et dont la racine se consomme. En Amérique centrale d’où elle est originaire, elle s’appelle xicama ou jicama. En Asie son nom est Bengkoang. Vous la reconnaitrez dans les magasins asiatiques à sa forme de grosse toupie ventrue. Sa chair blanche est protégée par une peau ligneuse brun pâle.
C’est un tubercule au goût surprenant que je vous invite à découvrir. Sucrée, rafraichissante et croquante, sa texture fait penser à celle de la pastèque mais en plus ferme. Il en existe deux variétés : la variété aqua produit un jus translucide, tandis que la leche a un jus laiteux. C’est la variété aqua que vous trouverez en Europe.

Le Bengkoang se conserve très bien dans un endroit frais et sec. A une température comprise entre 12,5°C et 15°C, il tient ainsi jusqu’à deux mois. En revanche une température trop froide, celle d’un réfrigérateur par exemple, provoque des tavelures brun foncé puis un dessèchement de la chair qui se nécrose. A une température trop élevée, une sorte sudation visqueuse de la peau se produit et la chair commence à pourrir.

Le goût sucré de ce tubercule vient d’oligosaccharides appelés inuline (pas insuline !) qui ne sont pas assimilés par le corps. Le Bengkoang peut donc être consommé par des personnes diabétiques ou ayant un régime basse calories. Il est aussi riche en amidon, en vitamine C et en oligoéléments tels que le calcium, le fer ou le phosphore.


On lui prête de nombreuses vertus :
  1. Soigne les hémorroïdes et régule la digestion : L’inuline contenue dans le tubercule est une fibre diététique qui aide la digestion.
  2. Fait baisser la fièvre. Le Bengkoang à des propriétés chimiques qui agissent comme des réfrigérants. C’est pourquoi ce tubercule est efficace pour faire baisser la fièvre.
  3. Réduit la production d’acide gastrique. L’excès d’acidité gastrique cause des douleurs parfois accompagnée de nausées. La chair du Bengkoang a des propriétés alcalines qui résorbent l’acidité gastriques à condition toutefois de le consommer sans sauce.
  4. Soigne le muguet : Riche en vitamine C, le Bengkoang calme les aphtes.
  5. Maintient les os et les dents en bonne santé. Le Bengkoang est une importante source de calcium nécessaire pour une bonne minéralisation des os et des dents
  6. Atténue les effets de la ménopause : Le Bengkoang contient des phytoestrogènes naturels. Sa consommation lors de la période de la ménopause réduit les effets des changements physiques.
  7. Élimine les taches sur le visage : En plus d’être consommé, le Bengkoang peut également être utilisé en usage externe en tant que masque de beauté. L'utilisation régulière de masques au Bengkoang maintient la fraîcheur de la peau et élimine les imperfections et les taches brunes.
  8. Lisse et blanchit la peau : La chair du Bengkoang peut également être utilisé comme un gommage. Son utilisation systématique adoucit et blanchit la peau. Il n’est pas rare de retrouver dans la composition des cosmétiques des ingrédients de base de Bengkoang.

samedi 30 avril 2016

L'eloge du cru

C’est le livre qui manquait. L’éloge du cru de Dominique Guyaux vient de paraître. Vous le trouverez dans toutes les bonnes librairies ainsi que sur les sites internet de vente en ligne. Dans la cacophonie générale qui règne sur ce sujet qu’est la nutrition, Dominique Guyaux apporte un éclairage salutaire. Ce n’est certes pas le premier livre consacré à l’alimentation crue et bien évidement vous y trouverez de nombreuses confirmations scientifiques des bienfaits de l’alimentation crue et des méfaits de la cuisson. Le principal intérêt de ce livre, ce qu’aucun des ouvrages sur ce sujet n’aborde, c’est le rôle central qu’occupent nos fonctions sensorielles lorsque nous nous alimentons.

D’abord, vous découvrirez les performances étonnantes du nez humain capable selon une étude récente (2014 voir référence ci-dessous) de discerner des milliards d’odeurs différentes. Mais ce n’est pas là l’essentiel. Car dans son livre tiré de la thèse qu’il a soutenue, Dominique Guyaux nous explique que ces performances ne sont pas là par hasard. Elles sont au service de « l’analyseur sensoriel périphérique ». Il ne s’agit pas à proprement parler d’un organe mais plutôt de l’ensemble des systèmes neurologiques qui concourent à la régulation de la prise alimentaire. De quoi s’agit-il ? Comme le savent tous les automaticiens, qui dit régulation, dit capteur et boucle de rétroaction. Le régulateur de vitesse de votre voiture mesure la vitesse, c’est la partie capteur, l’ordinateur de bord ajuste l’arrivée des gaz, soit en moins, soit en plus, selon la vitesse du véhicule, c’est la rétroaction. Le nez, avec son épithélium et son bulbe olfactif capte des informations sur la composition moléculaire des aliments qui se trouvent à proximité, mais aussi de ceux que nous sommes en train de mastiquer grâce à l’olfaction rétronasale. C’est la partie capteur. Ces informations sont traitées par le système nerveux central qui ajuste les fonctions sensorielles et gustatives selon les besoins nutritionnels de l’organisme. En d’autres termes cela signifie que l’odeur, le goût, la consistance des aliments varient en fonction des besoins de l’organisme. C’est la rétroaction.

Oui, vous avez bien lu, votre nez vous sert à réguler votre alimentation. Cela vous étonne ? Évidemment vous êtes sceptiques. Ça n’a jamais marché pour vous qui bataillez depuis des années pour ne pas grossir ! Eh bien détrompez-vous ! Vous pouvez, vous aussi, profiter de ce pouvoir régulateur qui est en vous et retrouver une pleine sérénité vis-à-vis de l’alimentation. Mais il y a une condition. Il faut manger cru. Pourquoi ? Tout simplement parce que notre analyseur sensoriel périphérique nous vient du fond des âges et il ne fonctionne bien qu’avec des aliments qui existaient dans l’environnement de ces époques reculées. Nos lointains ancêtres en étaient équipés bien avant qu’ils ne deviennent des primates. D’ailleurs toutes les espèces animales en dispose car ce système de régulation est LE facteur déterminant de l’adaptation au milieu. Sans lui, impossible de distinguer dans son environnement ce qui est bon de ce qui est toxique. Sans lui, pas de survie possible. Innocemment nous connaissons tous cela. Cela ne nous étonne pas de voir les animaux sentir, « toucher du nez », avant de manger, nous comprenons que cela leur permet d’identifier ce qu’ils mangent et d’éviter de s’empoisonner. Mais nous attribuons cela à des capacités propres aux animaux et considérons que cela n’est pas valable pour nous, humains civilisés. Dans son livre, Dominique Guyaux nous rappelle que, bien qu’humain, nous appartenons toujours au règne animal. Nous, humains civilisés, avons un nez pour sélectionner notre nourriture, un sens du goût pour doser la quantité à ingérer. C’est cela qui a fait que notre espèce a traversé les millénaires en s’adaptant constamment à son milieu. C’est cela qui a fait qu’elle n’a pas été éliminée par la sélection darwinienne. Cet héritage biologique, nous ne l’avons pas perdu. Il est toujours là et il ne tient qu’à nous d’en profiter.

Chaque fois que nous mangeons quelque chose de cru, un fruit par exemple, notre analyseur sensoriel périphérique décortique sa composition chimique, les molécules qui le compose, leurs agencements, leurs constructions particulières. Il retrouve dans sa base de données génétique construite au fil des millénaires des correspondances avec des éléments présents dans l’environnement de ces lointaines époques et auxquels il a déjà été confronté. Cela lui permet d’identifier précisément de quoi il s’agit. Dès lors, il sait ce qu’il peut en tirer, ce qu’il va falloir extraire rapidement pour répondre aux besoins immédiats de l’organisme, ce qu’il va falloir stocker en prévision de besoins futurs, ce qu’il va falloir rendre à la nature pour assurer le renouvellement de l’environnement. Sans attendre, il déclenche la sécrétion d’enzymes spécifiques pour le dégrader, active la reproduction des microorganismes du microbiote qui vont être mobilisés, et bien d’autres choses encore. Enfin et c’est là la seule chose dont nous soyons conscients, il contrôle les centres du plaisir. Alors nous savourons tant que l’analyseur sensoriel périphérique juge utile que nous mangions et les sensations de satiété s’imposent lorsqu’il juge que ce n’est plus nécessaire.

Lorsque ce que nous ingérons est mélangé, cuit, assaisonné, broyé, l’analyseur sensoriel périphérique peine à retrouver des correspondances fiables. La cuisson, notamment, introduit de nombreux composés moléculaires qui ne sont pas référencés dans sa base de données génétique. Il en va évidemment de même des produits chimiques de synthèse issus des produits phytosanitaire, des conservateurs, des colorants et des adjuvants synthétiques. La régulation devient quasiment inopérante. Elle se limite à des sensations de réplétion ou de nausée. Les quantités que nous consommons sont alors très au-delà de ce qui est souhaitable. La digestion est compliquée, imparfaite, de nombreux métabolites étrangers passent la barrière intestinale, polluent les tissus, accélèrent le vieillissement.

Alors certes, manger cru est sans doute la meilleure façon de s’alimenter, mais elle n’est pas toujours compatible avec notre mode de vie. Certes l’alimentation moderne est néfaste et il faudrait la bannir. Entre l’idéal et le pire, Dominique Guyaux nous propose tout un panel d’alternatives, allant du crudivorisme façon "cueilleur" ou "collecteur", jusqu’au régime hypotoxique du docteur Seignalet. Il consacre à ce sujet tout un chapitre de son livre, détaillant les avantages et les inconvénients de chacune de ces alternatives. Plein d’astuces et de conseils pratiques, cet ouvrage ne se limite pas à des considérations théoriques. Il vous permettra aussi de concilier votre légitime souci de préserver votre santé avec les contraintes de votre quotidien.


Références :

L'éloge du cru, Dominique Guyaux, Editions Médicis :

Le nez humain est capable de repérer 1000 milliards d'odeurs
La publication en anglais : Humans Can Discriminate More than 1 Trillion Olfactory Stimuli