mardi 28 février 2017

L’énigme du litchi tueur d’enfants

Cette nouvelle n’a pas fait la une de l’actualité dans l’hexagone, peut-être même ne l’avez-vous pas remarquée. Elle n’est pourtant pas anodine pour ceux qui mangent beaucoup, voire exclusivement cru. Début février, en effet, plusieurs journaux et magazines ont relayé un article paru dans The Lancet Global Health, la référence mondiale en matière de publication scientifique médicale. Un article qui nous apprend cette surprenante découverte : Des toxines présentes dans le litchi provoquent chaque année des épidémies d’encéphalopathies infantiles. L’article est paru le 30 janvier 2017, dès le 2 février, le monde titrait « En inde : L’énigme résolue d’une maladie mortelle » et l’Express était encore plus alarmant avec cette une : « Le litchi, cause d'une maladie tueuse d'enfants qui sévit en Inde depuis 20 ans ? »

Depuis une vingtaine d’années en effet, des enfants meurent d’encéphalopathies foudroyantes, toujours à la même période de l’année, entre mai et juillet, dans l’état du Bihar en Inde. Chaque année, c’est une véritable épidémie qui touche des centaines d’enfants et provoque la mort de 44% d’entre eux. Une équipe de scientifiques de l’institut Pasteur et du National Centre for Disease Control de Delhi a passé au peigne fin toutes les hypothèses. Pas d’infection bactérienne ou virale, les examens biologiques sont formels. Pas de trace non plus de pesticides ou d’une quelconque pollution. Finalement après des années de recherche et la découverte de précédents similaires en Jamaïque, c’est bien une toxine présente naturellement dans le fruit qui est à l’origine de cette maladie.

« Comment est-il possible que le litchi, ce délicieux fruit tropical sucré, puisse provoquer une encéphalopathie hypoglycémique chez les enfants ? ». C’est par ces mots que commence l’article du Lancet et c’est aussi ce qui nous consterne tant cela contredit les principes de l’alimentation sensorielle. Des aliments comestibles qui contiennent des composés toxiques, ce n’est pas une nouveauté. C’est le cas, par exemple, des épinards qui contiennent une molécule qui attaque les reins. Habituellement, lorsque ces aliments sont consommés crus, sans assaisonnement ni mélange, les signaux d’alertes envoyés par le système sensoriel sont suffisamment clairs pour empêcher l’intoxication. Le goût et les sensations en bouche virent au désagréable voire au douloureux dès que l’organisme n’est plus en mesure de faire face. Pourquoi cela ne s’est-il pas produit chez les jeunes indiens ? Car le litchi n’est pas dépourvu de ces signaux d’alertes sensorielles. Lorsqu’ils se manifestent, la pulpe fruitée s’affadit et devient astringente. Si les scientifiques ne se posent pas la question en ces termes, ils s’en posent d’autres, notamment celle de l’inégalité des enfants face à cette maladie. En effet, ils ont remarqué que certains d’entre eux n’avaient aucun symptôme quand d’autres moins exposés tombaient malades. Ils se demandent dans quelle mesure le patrimoine génétique ou la malnutrition pourrait expliquer cette inégalité.

Si, de l’avis des médias, l’énigme est résolue, sa résolution en soulève de nouvelles. Celle qui nous interpelle n’est malheureusement pas celle qui intéresse les scientifiques. Il y a certainement de bonnes raisons pour que les signaux d’alertes sensorielles n’aient pas été suffisamment persuasifs pour ces enfants. Est-ce la variété de litchis cultivée dans cette région de l’inde qu’une sélection trop poussée aurait trop éloigné de son origine sauvage ? En effet, les techniques d’obtention variétales créent des cultivars qui, souvent, atténuent les signaux d’alertes qui sont un frein pour la consommation. Il se peut aussi que cela provienne d’un mode de culture industriel qui provoque un appauvrissement nutritif. Ainsi, par exemple, en 1950, une orange contenait autant de vitamine A que 21 aujourd’hui. Sélection ? Mode de culture ? Les litchis ont-ils subis la même érosion nutritionnelle ? Pour importante qu’elle soit, cette perte des signaux d’alertes n’est peut-être pas la seule cause de ces épidémies. D’autres facteurs comme, par exemple, la malnutrition ou le patrimoine génétique ont pu jouer un rôle décisif. Le saurons-nous un jour ? Espérons le car la résolution de cette nouvelle énigme devrait être riche d’enseignements pour la pratique d’une alimentation crue.


L’Express : Le litchi, cause d'une maladie tueuse d'enfants qui sévit en Inde depuis 20 ans

En Inde, l’énigme résolue d’une maladie mortelle

The Lancet Global Health : The enigma of litchi toxicity: an emerging health concern in southern Asia

Appauvrissement nutritif des aliments

lundi 30 janvier 2017

Etre à l'écoute de son corps

Comment se débrouillaient les humains en ces temps reculés de la préhistoire pour survivre ? Il y a de cela environ 250 millénaires, nos ancêtres homo-sapiens quittaient les régions chaudes de l’Afrique pour s’installer dans les régions septentrionales d’Europe. Comment ont-ils pu s’adapter à ces environnements totalement nouveaux pour eux ? Comment ont-ils fait pour y trouver leur subsistance ? Comment ont-ils pu identifier les plantes comestibles, celles qui soignent, celles dont il faut se méfier ? Ces questions nous interpellent, nous qui serions sans doute fort démunis si d’aventure nous devions nous débrouiller pour survivre dans une forêt. Certes les forêts d’Europe, telles que nous les connaissons aujourd’hui n’ont plus rien de commun avec ce qu’elles étaient au paléolithique. Leur biodiversité est bien pauvre en comparaison de celle des forêts primaires encore épargnées dans le monde. Néanmoins, qui d’entre nous se sent capable de survivre dans la jungle amazonienne ? Pourtant, à en croire ce que nous ont révélé l’étude de leurs restes, ils ne vivaient pas mal ces humains de la préhistoire. Ils étaient même en bonne santé et de bonne constitution, ce qui prouve qu’ils avaient parfaitement su tirer avantage de leur environnement. Comme les animaux, ils savaient d’instinct s’ils préféraient ce fruit ou cette baie, si c’est plutôt un poisson de la rivière qui ferait leur bonheur ou ces champignons.

La tête pleine d’images publicitaires et de préceptes alimentaires parfois contradictoires, nous avons peu à peu perdu cette faculté naturelle, d’autant plus que l’industrie agro-alimentaire fait tout pour tromper nos sens. Tels les papillons attirés par la lumière, nous nous ruons sur ses produits qui provoquent le plaisir immédiat de nos papilles au détriment des besoins véritables de notre corps. Aujourd’hui il nous est de plus en plus difficile de faire la différence entre des envies impulsives dictées par nos émotions et de réelles appétences de notre organisme. A l’heure où nous faisons communiquer des objets entre eux, nous ne savons plus communiquer avec notre propre corps.

Heureusement, il n’y a rien d’irrémédiable à cela. Quelques siècles de modernité ne sauraient effacer définitivement des millénaires d’évolution darwinienne. Notre capacité à identifier quels aliments sont bon pour notre corps et pas seulement pour notre palais est toujours là. Il suffit de la réactiver. C’est ce que propose Dominique Guyaux, auteur du livre l’Eloge du cru, lors de week-end « d’initialisation sensorielle » dont l’objectif est de « réhabiliter la puissance sensorielle qui est en vous pour la mettre au service de votre fonction alimentaire ». Un week-end pour comprendre comment notre corps nous parle et comment l’écouter.

Week-end d’initialisation sensorielle