samedi 28 septembre 2013

Florilège d’idées fausses (et même parfois idiotes … ou naïves) sur l’alimentation crue 1/2

Bien que les méfaits de la cuisson soient de mieux en mieux connus, bien qu’au vu des réalités scientifiques les pouvoirs publics encouragent la consommation de fruits et de légumes, un grand nombre de personnes demeurent dans l’ignorance des dangers inhérents à la transformation des aliments. Et même si une prise de conscience commence à émerger, de nombreuses idées fausses, parfois colportées par des scientifiques médiatiques, entretiennent inquiétudes, interrogations et confusions dans l’esprit du public. Nous en avons relevé une bonne dizaine. Voici les cinq premières, d’autres sont à venir dans les prochains articles de votre blog préféré.

1ère idée fausse : La cuisson est une prédigestion

« Elle facilite le travail de l’organisme. On assimile beaucoup mieux une soupe de poireaux que le légume lui même par exemple. »

Il ne faut pas tout confondre. Ce n’est pas parce qu’un aliment est plus facile à manger après cuisson qu’il est mieux assimilé par l’organisme. L’élévation de température bouleverse considérablement les structures moléculaires des aliments, la digestion aussi. Mais c’est là leur seul point commun. Lors de la digestion, l’organisme met en œuvre des processus biochimiques complexes et très organisés pour littéralement démonter les molécules alimentaires et en extraire les éléments nutritifs dont il a besoin. Cela ne ressemble en rien aux cascades de réactions chimiques qui se produisent dans une casserole ou dans une poêle et dont le résultat est difficilement prévisible. Il arrive aussi parfois que la cuisson casse des liaisons chimiques, facilitant ainsi l’absorption de certaines molécules. C’est le cas pour le blanc d’œuf. A la cuisson, la rupture des liaisons chimiques des protéines libèrent les acides aminés et les rendent ainsi bio-assimilables. C’est la raison pour laquelle certains conseillent de le consommer cuit. Bio-assimilable se dit d’un composé qui passe la barrière intestinale et se retrouve dans les masses circulantes. Ce critère a été mis au point par l’industrie pharmaceutique pour l’évaluation des médicaments par voie orale. L’alcool est bio-assimilable, cela ne signifie pas qu’il faille en conseiller la consommation. Comme pour tous les autres aliments naturels, l’organisme dispose des mécanismes nécessaires pour démonter les protéines du blanc d’œuf cru, mais il n’en traite qu’une partie. Certains ne voient là qu’incurie de la nature et la preuve de la nécessité de la cuisson, justifiant ainsi son rôle de pré-digestion. Mais une telle explication ne tient pas lorsqu’on la considère sur le temps long de l’évolution. Depuis la nuit des temps, l’œuf fait parti de la palette alimentaire humaine. On ne peut sérieusement soutenir que nos organismes n’y soient pas adaptés. Si notre système digestif "gaspille" une partie des protéines du blanc d’œuf, c’est peut-être parce qu’il n’en a pas besoin, voire que leur assimilation pourrait lui être préjudiciable. Rien ne prouve qu’il s’agisse là d’une déficience de notre système digestif. En revanche, ce qui est sûr et largement démontré par de multiples études, c’est que la chaleur favorise la formation de composés chimiques que le système digestif ne sait pas traiter. Le problème, c’est justement que ces composés, dont certains sont toxiques, sont bio-assimilables. Ils traversent la paroi intestinale et polluent l’organisme. C’est le cas des réactions chimiques entre protéines et glucides qui produisent de l’acrylamide et des A.G.E. C’est le cas aussi de l’oxydation des lipides, produisant des graisses saturées qui s’accumulent dans les artères, notamment sous forme de mauvais cholestérol. Si la cuisson est une prédigestion, elle est vraiment de très mauvaise qualité. Non seulement elle ne facilite en rien le travail de l’organisme, mais au contraire, elle l’empoisonne à petit feu.

2ème idée fausse : La cuisson nous protège des micro-organismes pathogènes

« C’est dangereux de manger cru à cause des micro-organismes. Surtout la viande ou les œufs à cause des parasites ou des salmonelles. »

S’il est exact que la cuisson peut supprimer des micro-organismes potentiellement pathogènes, cet avantage pèse bien peu face aux inconvénients que constitue la présence massive de métabolites toxiques et cancérogènes issus de la cuisson et la perte de nombreux micro-nutriments indispensables. De plus, la cuisson est une protection toute relative. D’abord parce que certains micro-organismes résistent à la chaleur, ensuite parce que l’aliment, dès qu’il s’est refroidi, est immédiatement réinvestit par les micro-organismes ambiants. La meilleure protection est en réalité une bonne hygiène à tous les stades de la chaîne alimentaire, du champ à l’assiette. Dans les pays développés, ces conditions d’hygiène sont suffisamment surveillées pour assurer une protection optimale. Enfin, le risque d’intoxication dépend aussi de la capacité de résistance de l’organisme aux agressions extérieures. Or l’effet conjugué des métabolites issus de la cuisson qui polluent l’organisme et des carences provoquées par la destruction de micro-nutriments essentiels, affaiblit considérablement l’organisme. Il ne faut donc pas s’étonner que les épidémies de gastro-entérites soient si fréquentes dans un contexte d’alimentation cuite. Cela peut étonner mais habituellement, les personnes qui mangent cru témoignent être épargnées par ces problèmes. Dommage qu’il n’existe pas encore, à notre connaissance, d’étude scientifique qui vienne confirmer ces observations empiriques. On peut toutefois noter que l’étude de l’Université de Washington sur les os, évoquée dans notre billet du mois dernier, signalait des marqueurs d’inflammation systémique remarquablement bas chez les crudivores par rapport au groupe témoin. Cela signifie que, dans un contexte d’alimentation crue, le système immunitaire n’est pas en permanence sur-sollicité. Il serait donc plus apte à réagir promptement et efficacement à des agressions extérieures.

3ème idée fausse … et naïve : La cuisson a rendu la vie plus facile.

« La cuisson a été une révolution pour l’Humanité: auparavant, on passait un temps considérable à manger, mastiquer. En cuisant notre nourriture, cela nous a permis de consacrer davantage de temps à d’autres activités »

Si la cuisson constitue une révolution pour l’humanité, l’idée qu’elle nous aurait facilité la vie est fallacieuse. La palette alimentaire crudivore ne se résume pas à quelques racines coriaces ou végétaux revêches comme des steaks trop cuits. Elle se compose de milliers de nourritures croquantes comme la pomme, tendres comme la banane, juteuses comme le raisin, moelleuses comme l’avocat, crémeuses comme le durian, sucrées comme les dattes, suaves comme le miel, parfumées comme le jus de coco, … De quoi se sustenter sans risquer une luxation de la mâchoire. Même la viande est plus tendre crue que cuite. Seuls ceux qui n’en ont jamais mangée crue prétendent le contraire. Et s’il peut arriver que l’on prenne quelquefois du temps à manger, c’est seulement parce que c’est bon et qu’on y trouve plus de plaisir. En revanche la cuisson implique beaucoup de contraintes. Elle nécessite du matériel, un équipement ad hoc. Il faut consacrer du temps, parfois beaucoup, à la préparation, puis au nettoyage des ustensiles. Les fausses contraintes qu’on attribue à un mode de vie crudivore révèlent une ignorance, voire une incapacité à imaginer la simplicité et le confort d’un tel mode de vie.

4ème idée fausse … et même idiote : La cuisson est un moyen de stabiliser les aliments

« La cuisson est un moyen de stabiliser les aliments car il beaucoup plus aisé de conserver plus longtemps un aliment cuit. »

La cuisson ne stabilise pas les aliments, elle les change de nature. Une fois cuit un aliment se détériore aussi vite, voire dans certains cas plus vite que l’aliment cru. L’œuf est un bon exemple. Cru, il se conserve très bien plusieurs semaines à température ambiante. Un verni naturel protège la coque et empêche la pénétration de bactéries. Cuit, cette protection n’existe plus. Quelques jours à température ambiante suffisent pour qu’il soit impropre à la consommation.

5ème idée fausse : Renoncer à la cuisson, c’est perdre la dimension culturelle et le lien social et convivial qu’elle apporte.

« Renoncer à la cuisson, ce serait se priver de bien aimer la cuisine et tout ce qu’elle a de culturel, de social, de convivial, d’agréable puisque nos goûts sont ainsi formés. »

Certes la cuisine a une dimension culturelle, comme toute activité humaine. S’alimenter sans cuisiner aussi ! Comme les autres activités humaines, elle a une dimension culturelle, peut-être différente de celle de la cuisine mais tout aussi valable. Pourquoi d’ailleurs ne serait-elle pas plus noble que la culture MacDo ou Coca-Cola ? Quand à la convivialité, manger cru ne signifie pas l’abandon de toute sociabilité. On partage régulièrement à table de bons moments de convivialité en mangeant cru même avec des personnes qui mangent cuit. Enfin c’est une idée totalement fausse de croire que nos goûts seraient formatés et ne pourraient apprécier que des aliments transformés. Il n’en est rien. Nos goûts ne sont pas immuables. Même formés par l’agro-business dès le plus jeune âge, ils changent du tout au tout et très rapidement au contact des aliments crus. Dès que la part d’aliments cru devient majoritaire, les sensations changent radicalement, et avec un choix d’aliments judicieux, le plaisir gustatif prend même une dimension inattendue.

samedi 31 août 2013

Manger cru pour des os solides ?

Il y a quelques années, des personnes qui mangent cru depuis longtemps m’ont rapporté être atteintes d’ostéopénie, ce qui correspond à un état précurseur de l’ostéoporose, une maladie fréquente chez les femmes ménopausées, rare chez les hommes. Intrigué par ces témoignages, j’ai évoqué ce point avec mon médecin traitant qui m’a prescrit une ostéodensitométrie, laquelle a effectivement révélé une ostéopénie. Un an plus tard, un nouvel examen a montré une stabilisation, voire une légère amélioration pour certaines régions du squelette. Faut-il s’inquiéter d’un tel diagnostic ? Un mode d’alimentation crudivore peut-il en être la cause ? Les études scientifiques s’intéressant l’alimentation crue sont assez rares. En voici justement une qui traite précisément de ce sujet.

Cette étude, menée en 2005 à l’Université Washington de Saint-Louis dans le Missouri aux Etats-Unis, porte sur 18 volontaires, 11 hommes et 7 femmes pratiquant un régime cru végétarien strict depuis plusieurs années (en moyenne 3,6 ans). Un groupe témoin composé de personnes de même âge et sexe, pratiquant le régime alimentaire américain standard (American Standard Diet) a été constitué pour comparer les résultats. Les auteurs ont mesuré la composition minérale et la densité osseuse de ces personnes, ainsi que leur potentiel de renouvellement osseux. Les résultats sont à priori inquiétants puisqu’ils mettent en évidence une baisse significative de la masse osseuse chez les personnes qui mangent cru. Alors que le T-score est normal chez les personnes du groupe témoin, il révèle une nette ostéopénie chez les personnes qui mangent cru. Quelques explications supplémentaires sont nécessaires. D’abord qu’est-ce que c’est que le T-score ? Ce n’est rien d’autre que la différence entre la densité osseuse chez un individu et la moyenne dans une population de référence d’adultes âgés de 30 à 40 ans. Bien que le T-score soit couramment utilisé pour diagnostiquer l’ostéoporose, la pertinence de cet indicateur statistique n’est pas évidente. Par exemple, citant la revue Prescrire, la fiche Wikipédia consacrée à l’ostéodensitométrie précise : « la majorité des fractures (95 %) survenant entre 50 et 60 ans touchent des femmes dont l'ostéodensitométrie n'a pas révélé d'ostéoporose ». D’autres études comme celle de Schwartz « Diabetes mellitus: does it affect bone? » montrent que les fractures sont fréquentes chez les diabétiques de type 2 alors que leur masse osseuse est élevée. Par ailleurs, les auteurs de l’étude rappellent qu’il existe une corrélation bien documenté entre masse corporelle et masse osseuse. Un indice de masse corporelle (IMC) faible étant associé à une masse osseuse faible. Or l’IMC est nettement plus bas chez les personnes qui mangent cru que dans le groupe témoin. Comme le rappelle la fiche Wikipédia sur l’ostéoporose, même si, instinctivement, on peut penser que des os plus denses sont plus solides, ni l’observation clinique, ni les études scientifiques menées sur ce sujet ne confirment ce genre de relation. La masse osseuse varie selon les personnes sans que cela induise nécessairement des différences significatives quant au risque de fracture.

La vraie surprise de cette étude vient de la mesure des marqueurs de renouvellement osseux (C-télopeptide collagène de type I et phosphatases alcalines osseuses). Ils sont identiques pour les deux groupes. Au vu de ces résultats les auteurs affirment : « Cette découverte apporte la preuve que les crudivores sont dans un état stable à l'égard de leur renouvellement osseux » Citant l’étude de Schwartz qui montre qu’une masse osseuse importante ne suffit pas à faire des os solides, les auteurs ajoutent : « Bien qu’une faible masse osseuse soit un facteur de risque de fracture, la qualité de l’os joue aussi un rôle. Il est donc possible que la faible masse osseuse des crudivores n’ait pas d’incidence sur la survenue de fractures en raison de la qualité des os. De toute évidence, il serait nécessaire de suivre un grand nombre de crudivores pendant une longue période pour déterminer s’ils présentent un risque accru de fractures ».

La moins bonne résilience des os chez les diabétiques s’expliquerait, selon les auteurs de ces différentes études, par une dégradation de la tenue mécanique des os due à des concentrations d’AGE (dont nous avons déjà eu l’occasion de parler ici ) dans le collagène des os, ainsi que par des modifications oxydatives et inflammatoires affectant notamment la production d’interleukine 6 qui joue un rôle important dans la reconstruction osseuse. Là encore les auteurs de l’étude notent que les marqueurs d’inflammation systémique sont nettement moins élevés chez les personnes qui mangent cru que dans le groupe témoin.

Ce n’est pas tout. Selon la fiche Wikipédia sur l’ostéoporose, les moyens les plus efficaces pour prévenir la perte osseuse ne sont pas ceux qu’on nous vante habituellement. Ni les supplémentations en calcium ou en vitamine D, ni les produits laitiers n’ont fait la preuve de leur efficacité. En revanche il est bien établi par de nombreuses études, d’une part que le sport stimule la densification des os et d’autre part que la consommation de fruits et légumes améliore les indices de santé des os, notamment chez les personnes âgées (voir références ci-dessous). Le sport et la consommation de fruits et de légumes sont les deux seuls moyens efficaces de prévention de l’ostéoporose qui font consensus dans la communauté scientifique. Certaines de ces études signalent aussi que les personnes qui mangent beaucoup de fruits et de légumes ont une faible masse osseuse, ce que les chercheurs attribuent généralement à un IMC lui aussi faible. Quand à savoir pourquoi les fruits et légumes ont un effet protecteur, sur ce point les avis divergent. Certaines études mettent en avant le fait que les fruits et légumes alcalinisent le sang tandis que les protéines animales l’acidifie mais cette hypothèse n’est pas totalement satisfaisante. Le rôle des micronutriments, vitamines et oligoéléments, ainsi que l’abondance d’antioxydants dans les fruits notamment semble avoir une importance déterminante.

Ce qui ressort de tout cela, c’est qu’un diagnostic d’ostéopénie ne traduit pas obligatoirement une dégradation osseuse qui va évoluer vers une ostéoporose pouvant entraîner des fractures. Tout dépend des individus. Chez une personne au régime alimentaire américain standard, un tel diagnostic est sans doute préoccupant. En revanche chez une personne ayant un IMC faible et dont le régime alimentaire est majoritairement composé de fruits et de légumes, il est plutôt normal. Il suffit pour s’en assurer de surveiller l’évolution de la masse osseuse par des ostéodensitométries régulières.



Low Bone Mass in Subjects on a Long-term Raw Vegetarian Diet

Diabetes Mellitus: Does it Affect Bone?

L'activité physique, nécessaire à la santé des os

Manger cru : La solution anti-AGE

Fruit and vegetables: the unexpected natural answer to the question of osteoporosis prevention?

Osteoporosis prevention and nutrition

D’autres références scientifiques sur cette page : Des légumes et des fruits pour des os solides

Fiche Wikipédia sur l’ostéoporose

Fruits et prévention de l’ostéoporose