jeudi 31 mars 2016

Tous les sucres ne se valent pas

Tamarin, dattes et figues séchées : des sucreries naturelles
Le sucre est indispensable à nos organismes. Il est le carburant de nos cellules. Il est aussi nécessaire que l’air que nous respirons. C’est la raison pour laquelle nous sommes attirés par tout ce qui est sucré. Pourtant des voix s’élèvent qui nous mettent en garde. Car cette attirance pour le sucré peut devenir une addiction. Et cela pose problème car l’excès de sucre entraine de nombreux problèmes de santé, notamment le diabète. Des chercheurs ont mené des expériences sur des rats qui mettent en évidence
ce pouvoir addictif. Le protocole de ces expériences consiste à mettre à la disposition des rats des manettes qui, lorsqu’elles sont actionnées, leur injectent en intraveineuse soit du glucose, soit de la cocaïne. Ce protocole permet d’éliminer tout biais d’interprétation lié au goût des différents produits. Les résultats sont sans appel. Les rats préfèrent systématiquement le sucre à la drogue. Leurs comportements compulsifs montrent qu’il s’agit bien d’une addiction. Le glucose en intraveineuse a, selon certains spécialistes, un pouvoir addictif supérieur à celui de n’importe quelle drogue.

Du glucose, l’alimentation moderne en contient de plus en plus. Nous consommons du sucre sans le savoir. Il y en a partout, dans toutes les préparations alimentaires des rayons des supermarchés, y compris dans les charcuteries ou dans le vin. 80% de la production mondiale de sucre entre dans la composition de produits alimentaires. Il y en a de plus en plus. Le sucre donne du goût. Augmenter la dose de sucre relance systématiquement les ventes. La canne à sucre est, en tonnage, la plus importante production agricole mondiale.

Les effets sur la santé de cette omniprésence du sucre dans nos aliments ne se limitent pas au risque de diabète. L’excès de sucre est aussi la principale cause de l’obésité car le sucre en surplus se transforme en graisse. Dans les plats préparés, il se combine aux protéines pour former des molécules glyquées, qui se déposent dans les tissus, les artères, les espaces intercellulaires. Ces molécules appelées AGE rigidifient les tissus affectent le fonctionnement des cellules. Outre un vieillissement prématuré, l’accumulation des AGE dans l’organisme est à l’origine de multiples pathologies lourdes telles que les maladies cardio-vasculaires, les infarctus, les AVC. La présence de sucre en excès dans le sang constitue une source d’énergie qui alimente les métastases cancéreuses. Elle favorise aussi les infections et a des impacts sur le système nerveux d’où divers troubles tels que de la fatigue chroniques, des pertes d’attention, de l’irritabilité.

Ni le glucose, ni le fructose, autre sorte de sucre, n’agissent sur les centres nerveux comme l’alcool, la nicotine, ou la cocaïne. A quoi donc est due cette addiction alors que ces substances n’ont pas d’effet psychotrope ?
Nous sommes naturellement attirés par ce qui est sucré, que ce soit des pâtisseries ou des fruits bien mûrs. Mais le sucre contenu dans les pâtisseries est-il le même que celui des fruits ? Chimiquement peut-être, mais la comparaison s’arrête là car les mécanismes de digestion et d’assimilation sont plus compliqués que ce que l’on pense. Des études récentes ont montré que la consommation d’un fruit entier diminue le risque de diabète tandis que celle de son jus l’augmente. Cela signifie que l’organisme ne métabolise pas le fructose de la même manière avec le fruit et avec le jus de ce même fruit. Il le métabolise bien avec le fruit entier et le fait mal avec le jus du fruit. Il le fait peut-être encore plus mal avec le fructose utilisé dans les plats préparés, lequel est fabriqué industriellement à partir du maïs. Malheureusement, la majorité des études nutritionnelles ignorent ou ne prennent en compte que partiellement ce phénomène. D’où de nombreux biais d’interprétation qui minorent, voire invalident, l’effet positif de la consommation des fruits entiers en particulier, mais plus généralement des aliments consommés crus, car ce qui est vrai pour les fruits l’est probablement pour les autres catégories d’aliments (même si les preuves scientifiques manquent encore).

Les expériences sur les rats démontrent clairement un phénomène d’addiction au glucose. Sans doute qu’en lieu et place du glucose, si les chercheurs avaient mis du fructose le résultat aurait été le même. Cela ne veut pas dire que la consommation de fruits serait susceptible d’être addictive.

Puisqu’on est sur les rats, (pauvres bêtes) un autre protocole d’expérience pourrait mettre en évidence ces différences entre le cru et le transformé. Il s’agirait de proposer à un groupe de rats des aliments naturels très sucrés comme par exemple du miel ou des dattes et à un groupe témoin des préparations alimentaires ayant le même taux de sucre, par exemple des pâtes de fruit. Le but étant que les deux groupes disposent d’une alimentation « équivalente en substance », c’est-à-dire ayant les mêmes teneurs en calories, en glucides, en lipides, en protéines et même en oligoéléments. Il s’agirait ensuite de relever les quantités ingérées de part et d’autre pendant quelques semaines, voire plus. Au cours de l’expérience il serait aussi intéressant d’observer comment évoluent les comportements et l’état de santé des rats. Si l’on s’en tient à la croyance scientifique actuelle, avec une alimentation identique en substance les observations devraient être identiques dans les deux groupes : mêmes quantités consommées, même évolution des comportements et de l’état de santé. Si des différences nettes étaient observées, cela signifierait que cette croyance est fausse, que la réalité est tout autre. Pour ceux qui, parmi vous, mangent cru depuis longtemps, sans transformer leurs aliments, en se fiant à leurs sensations olfactives et gustatives, les résultats d’une telle expérience ne font guère de doute. Ils savent d’expérience, certes empirique, que leur appétence pour les friandises naturelles, même enthousiaste, ne risque pas de se transformer en addiction. D’ailleurs cela est vrai pour tout le monde, que l’on soit crudivore ou pas, diabétique ou en bonne santé. Avec les aliments non transformés, l’excès de sucre est impossible, le corps dit non. Il s’exprime même parfois violemment. Les dattes ou le miel brulent la langue quand la pâte de fruits continue de fasciner les papilles. Vous n’y croyez pas ? Faites vous-même l’expérience. Vous le constaterez par vous-même : tous les sucres ne se valent pas.


Le potentiel addictif du sucre plus élevé que celui de la cocaïne

Addiction au sucre : comment le sucré s'est imposé dans nos assiettes et met en péril notre santé

Trop de sucre nuit gravement à la santé

Témoignage sur les effets de l’addiction au sucre

lundi 29 février 2016

Espérance de vie : Vivons-nous plus longtemps ?

Le dernier bilan démographique publié par l’INSEE le 19 janvier a fait sensation et déclenché une avalanche de réactions dans les médias. Pour la première fois depuis la fin des années 60, l’espérance de vie des français a diminué, non pas seulement stagné mais reculé. Un évènement ! Depuis quatre décennies la courbe ne cessait de croitre avec une régularité si saisissante que l’on avait coutume de la résumer par l’adage : « chaque année nous gagnons un trimestre de vie ». Or cette année 2015, c’est un trimestre de vie qui a été perdu. L’évènement suscite de nombreux commentaires et diverses interprétations. Il y a d’abord ceux qui font dans la récupération politique. Pour Jean-Luc Mélanchon, c’est la faute à l’austérité, pour Marine Le Pen, c’est celle du gouvernement, les écologistes dénoncent la pollution. Des explications qui font réagir. Un commentateur de Médiapart signe un article caustique qui vilipende « les pipoteurs de la démographie », dénonçant ceux qui, pour reprendre ses mots, « vont en profiter pour claironner sur le thème « on vous l’avait bien dit » en mettant en avant non pas les causes identifiées par l’INSEE, mais leur dada à eux. ». Plus crédibles parce que ce sont des paroles autorisées, il y a ceux qui minimisent. Ce sont les spécialistes invités sur les plateaux des grandes chaînes de radio et de télévision qui nous assurent qu’il s’agit d’une baisse conjoncturelle qui s’explique par les épisodes meurtriers de canicule et de grippe de l’année 2015. Tous prévoient une correction naturelle en 2016 et s’attendent à une reprise de la progression dans les années à venir même si celle-ci devrait être moins forte. Bel optimisme ? Voire !

Il y a tout juste 4 ans, j’écrivais sur ce blog un article intitulé « Espérance de vie : Ce que cache les chiffres » dans lequel j’expliquais pourquoi la courbe jusqu’alors rassurante de l’espérance de vie masquait une réalité tout autre. Pour comprendre, un point d’explication s’impose. En principe, pour calculer l’espérance de vie d’une génération donnée, il faut que tous ses membres soient décédés. Ce n’est qu’à cette condition que l’on obtient un résultat représentatif de cette génération. Alors que signifie cette courbe d’espérance de vie qui part des années 60 jusqu’à nos jours ? Elle est établie sur la base de générations fictives construites à partir des données annuelles. Ainsi le calcul de l’espérance de vie d’une année x correspond à ce qui serait advenue d’une génération dont tous les membres seraient nés l’année x et aurait vécu toutes les années de leur vie en l’an x. L’espérance de vie calculée ainsi n’a aucune valeur prédictive de ce qu’il adviendra des générations à venir. Elle ne fait que restituer une certaine réalité de l’année en cours. Elle est d’ailleurs sensible aux facteurs conjoncturels. D’où ce paradoxe : si une année la mortalité des personnes en fin vie augmente, l’espérance de vie des bébés nés cette année-là diminue. L’argument conjoncturel avancé par les spécialistes des plateaux télé est donc tout à fait justifié. Cela ne veut pas dire qu’il n’existe pas des tendances de fond préoccupantes.

Il y a d’abord ce nouvel indicateur : « l’espérance de vie sans invalidité ». Calculé de manière similaire, il prend en considération non pas l’âge du décès réel mais celui du « décès social », l’âge à compter duquel l’invalidité précède la mort. Or la courbe de cet indicateur qui a longtemps progressée comme celle de l’espérance de vie s’est infléchi depuis quelques années. Ce ne sont donc plus des trimestres de vie que nous gagnions ces dernières années mais des trimestres d’hospitalisation. Il y a aussi le fait que de plus en plus de pathologies lourdes se déclarent de plus en plus tôt. C’est le cas par exemple du diabète. Ces tendances donnent à penser que l’état de santé de la population se dégrade. Grâce à l’assistance médicale plutôt performante dont nous bénéficions tous, l’incidence de cette dégradation ne s’est pas manifesté sur la courbe de l’espérance de vie. D’une certaine manière cela veut dire que notre système de soin nous maintient en vie artificiellement. Pour se rendre compte de l’état de santé de la population, il faudrait des indicateurs qui masquent l’effet des progrès thérapeutiques. Par exemple, on pourrait imaginer une mesure de l’espérance de vie sans assistance médicale. Elle consisterait à prendre pour âge de fin de vie, l’âge de la première intervention médicale ayant permis d’éviter l’issue fatale. On peut aussi imaginer un calcul de l’espérance de vie en bonne santé. Il s’agirait dans ce cas de prendre en compte l’âge de survenue d’une affection de longue durée en plus de l’invalidité et du décès. Les statisticiens de l’INED auraient sans doute d’autres idées pour mettre en évidence ce qu’on pourrait appeler « l’espérance de vie naturelle ». L’évolution de ce type d’indicateurs sur les quatre dernières décennies serait sans doute assez différente de celle de l’espérance de vie telle qu’on la connaît. Elle aurait le mérite de lever les incertitudes sur l’état de santé réel de nos concitoyens et de mettre en évidence le nombre d’années de vie gagnées grâce à la médecine. Certes on pourra se réjouir de ces années de vie gagnées, mais il est aussi probable que ces indicateurs révèlent une évolution à la baisse bien plus ancienne que celle de l’espérance de vie sans invalidité.

Dans notre culture occidentale, la maladie est vue comme le fait d’une cause tangible sur laquelle il est possible d’agir. C’est notre réponse moderne au fatalisme qui prévalait dans les siècles passés et que nous ne supportons plus. Ainsi notre vision de la santé se cantonne à une lutte acharnée contre ce fatalisme, par la recherche de ces causes qu’un traitement éradiquera. Cette stratégie guerrière est en fait une guerre contre la nature, contre les microbes, les virus, les allergènes, les tumeurs, les mélanomes, etc. : toutes ces expressions naturelles dont on oublie de comprendre dans quelles circonstances et pourquoi elles se manifestent et deviennent malignes. Nous n’ignorons pas qu’une alimentation inappropriée, l’exposition à la pollution et quelques autres facteurs sont la cause première de ces manifestations naturelles. Mais la médecine ou plus exactement l’ensemble de notre système de santé, ne s’occupe pas de cela. Son rôle est de soigner. C’est la raison pour laquelle nous ne devrions pas parler de « système de santé », « de profession de santé », « de ministre de la santé », mais de « système de soins », de « profession de soins », de « ministre des soins ». S’il fallait mettre en place un vrai « ministère de la santé », il devrait s’occuper de la production alimentaire, de l’agriculture, de l’industrie chimique. Un vrai « système de santé » devrait en tout premier lieu garantir sinon une production alimentaire saine, du moins une information complète et sérieuse sur les produits mis sur le marché en procédant à des évaluations indépendantes. Cela devrait concerner non seulement les produits alimentaires mais aussi ceux qui interviennent dans la chaîne de production et de distribution tels que les produits phytosanitaires, les adjuvants chimiques, etc. Son rôle le plus important serait de promouvoir et structurer une agriculture de qualité axée sur la production maraichère et fruitière, une agro-écologie débarrassée des produits chimiques, qui restaure les sols au lieu de les appauvrir et qui soit capable de donner des fruits et des légumes nutritifs. En fait, les vrais acteurs de santé sont ceux qui, à contre-courant des politiques agricoles et industrielles, ont, ces quatre dernières décennies, consacré leur énergie et leur intelligence à cela : respecter la terre, les plantes et les animaux qui y vivent. Nul doute qu’un tel ministère en viendrait rapidement à décréter une priorité absolue à l’alimentation crue.


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