vendredi 27 janvier 2012

Espérance de vie : Ce que cachent les chiffres.

Dans la même journée, presque aux mêmes heures, sur une chaîne de télévision, un spécialiste du cancer affirme qu’un français sur trois sera atteint du cancer et qu’un sur deux sera diabétique tandis que, sur une chaîne concurrente, un autre spécialiste annonce qu’une femme sur trois ayant aujourd’hui cinquante ans atteindra l’âge de cent ans, qu’un enfant sur deux qui naît aujourd’hui sera centenaire. Étonnante contradiction dans ces discours !

Il est vrai que l’espérance de vie suit, en France, depuis plus de 50 ans, une progression linéaire continue d’une remarquable régularité. D’année en année, elle n’a montré jusqu’à présent aucun signe d’inflexion, ou tout au moins sont-ils très ténus et c’est ce qui autorise les démographes à anticiper une croissance exponentielle du nombre de centenaires dans les décennies à venir. Perspective encouragée par les découvertes scientifiques récentes qui apportent une compréhension plus fine des mécanismes du vieillissement et permettent d’envisager des moyens de le ralentir.

Néanmoins, il est tout aussi vrai que l’incidence des cancers, diabètes, maladies d’Alzheimer et, d’une manière générale, de toutes les pathologies dégénératives est en augmentation dans la population. C’est un fait bien établi par les statistiques. Le vieillissement de la population explique en partie cette augmentation mais pas totalement. Il y a aussi le fait qu’un certain nombre de ces pathologies surviennent de plus en plus tôt. L’exemple le plus typique est celui de l’obésité qui touche même les enfants et qui prédispose à de multiples complications, notamment le diabète. L’augmentation de l’incidence des maladies dégénératives est aussi probablement liée à l’exposition massive de la population à de nombreuses molécules chimiques de synthèse (additifs chimiques, produits phytosanitaires, substances volatiles des plastiques, acrylamides, furanes dans l’alimentation, principes actifs de médicaments, etc.) dont des effets toxiques inattendus se font sentir à long, voire à très long terme. Enfin, il y a le problème des résistances aux antibiotiques qui pourrait devenir très critique dans un avenir proche.

En définitive, tout ce que l’on peut conclure de ces faits, c’est que, du moins en France, les tendances favorables à l’allongement de la vie se sont révélées jusqu’à présent plus fortes que celles qui lui nuisent. Jusqu’à quand ? Les prédictions des démographes se réaliseront-elles ? Ou faut-il s’attendre à un plafonnement, voire une régression de la durée de vie ?

Depuis le 19ème siècle, époque à laquelle l’espérance de vie a vraiment commencé à augmenter, les années de vie supplémentaires ont été gagnées grâce à de multiples progrès dans tous les domaines. L’amélioration de l’habitat, la généralisation des salles de bains et des toilettes, la construction des réseaux d’assainissement et d’adduction d’eau, la réfrigération des produits alimentaires, une alimentation plus riche et diversifiée, la démocratisation des habitudes de propreté, la stérilisation, etc., sont autant d’évolutions techniques sociales ou culturelles qui ont contribué à faire reculer les limites de la vie dans des proportions au moins aussi importantes que la découverte des antibiotiques et les progrès médicaux pourtant considérables.

Néanmoins, ces facteurs positifs sont minés par d’autres facteurs négatifs. Si certaines pathologies ont pratiquement disparu, par exemple les maladies infectieuses autrefois ravageuses, d’autres qui étaient rares même à un âge avancé, prennent progressivement le relais, survenant habituellement quelques décennies plus tard. Ce sont les maladies cardiovasculaires, les cancers, les maladies auto-immunes. On ne meurt plus aujourd’hui, à la fleur de l’âge, d’un coup de froid ou d’un simple rhume, on meurt dix ou vingt ans plus tard d’un cancer ou d’un accident cardio-vasculaire. Les femmes ne meurent plus en couche mais du cancer du sein. Malgré des efforts de recherche colossaux et bien que certains cancers soient désormais guérissables, la mortalité due à cette pathologie continue de progresser. D’une manière générale, on constate que le diabète, les maladies auto-immunes, les AVC, etc. sont de plus en plus fréquents et surviennent de plus en plus tôt. Et si les statistiques montrent que nous vivons valides plus longtemps, ce n’est pas parce qu’on est moins malades mais plutôt parce que nous sommes fréquemment et longtemps sous traitement médicamenteux. Témoin de cette situation : l’explosion des ALD (Affections de Longue Durée) qui concernent plus de huit millions de français (12 million à l’horizon 2015, chiffres de la CNAM) qui sont souvent des personnes valides, autonomes, parfois même capables de maintenir leur activité professionnelle mais dont la survie dépend de soins continus.

C’est donc aujourd’hui un effort de soins croissant qui soutient la progression de l’espérance de vie. D’un point de vue comptable, cela signifie : dépenses de santé en augmentation constante. Et c’est là que le bât blesse. Car cette multiplication de pathologies fait exploser les dépenses de santé qui deviennent un fardeau de plus en plus insupportable sur les finances publiques comme sur celles des ménages. Les syndicats et les défenseurs des pauvres auront beau élever la voix, s’indigner, crier au scandale, la dérive pathologique que nous constatons aujourd’hui se traduira inéluctablement dans un avenir proche par une dégradation concomitante de la protection sociale. En effet, l’augmentation des cotisations salariales et/ou patronales sera de plus en plus difficile à supporter dans un contexte économique de plus en plus incertain. Ce décrochage probable de la protection sociale aura pour conséquence d’accentuer fortement la fracture sociale en matière de santé. Il y aura ceux qui pourront se soigner, quelques uns … et les autres, la majorité. Le secteur médical restera florissant mais de plus en plus inaccessible aux revenus modestes et cela entraînera un relâchement du suivi médical, un abandon de certains soins préventifs et donc, in fine, une diminution de l’espérance de vie des classes populaires. Ce phénomène est déjà visible aux Etats-Unis où, dans certains états, des baisses de l’espérance de vie ont été observées ces dernières années. En France, une étude récente a montré qu’un français sur quatre renonçait à se soigner pour des raisons financières.

Qui veut voyager loin ménage sa monture

La prévention est le seul moyen d’échapper à ce sinistre scénario. Les spécialistes du vieillissement admettent aujourd’hui que la mort avant 120 ans est évitable. Pour que l’ensemble de la population approche l’âge canonique, les mesures de prévention devront prendre le pas sur les traitements médicaux et celles-ci ne devront pas se résumer à des mesures d’anticipation, c’est-à-dire à du dépistage précoce de maladies qui peuvent se soigner si elles sont prises à temps. De nombreux facteurs ont une action préventive sur les maladies. Des études ont, par exemple, montré que le sport pratiqué régulièrement et sans excès, des conditions de vie saine, des relations sociales nombreuses et variées de même qu’une vie sexuelle épanouie sont autant d’éléments qui entretiennent la bonne santé et favorisent la longévité. Mais les facteurs déterminants sont l’hygiène et l’alimentation. C’est sur ce dernier point que les progrès les plus importants restent à faire. S’il est vrai qu’au 19ème siècle l’alimentation n’était pas assez diversifiée et manquait de protéines, celle d’aujourd’hui est trop grasse, trop sucrée, trop salée et trop carnée. Outre son impact écologique très négatif, elle répond davantage à des stratégies de marché qu’à des impératifs de santé publique. Elle est marketée pour être consommée abondamment et sans discernement. Qu’elle s’avère addictive n’est pas un problème pour les acteurs de l’agro-business, bien au contraire. Qu’elle soit un cocktail de produits chimiques n’a guère d’importance, tant que le consommateur ne le sait pas. Qu’elle puisse être la cause de nombreuses pathologies, notamment de l’obésité, est facilement nié, tant il est ardu d’en apporter la preuve scientifique même si des observations de bon sens suffisent à l’évidence. De même que l’industrie du tabac n’a pas hésité à biaiser, voire falsifier des études scientifiques pour faire croire à l’innocuité des cigarettes, on découvre, au fil des ans, des pratiques tout aussi condamnables de la part de multinationales de l’agro-industrie pour masquer ou minimiser les effets indésirables d’additifs alimentaires ou de produits phytosanitaires. Quand aux composés chimiques issus de la transformation et de la cuisson des aliments, ils sont encore mal connus du grand public et leurs effets dévastateurs sont trop souvent occultés ou minimisés par le corps médical. Si nous voulons vivre longtemps en bonne santé et maintenir l’accès aux soins pour tous, il faut casser ces logiques économiques néfastes et cet aveuglement quand aux conséquences sanitaires de la transformation des aliments. En laissant à la charge de la collectivité les coûts écologiques et sanitaires de ses productions, l’industrie agro-alimentaire prive les états d’une part importante de leurs ressources budgétaires et exerce un intense dumping économique sur les productions biologiques fruitières et vivrières. Les mesures de prévention des maladies ne sont donc pas de nature médicale. Elles relèvent plutôt de la politique fiscale sur les produits alimentaires et de la politique agricole nationale et européenne.

Il n’empêche que chacun de nous peut agir pour éviter le naufrage de la vieillesse. Prendre soin de soi, faire du sport régulièrement, être positif, ouvert aux autres, curieux du monde et surtout, bien se nourrir. Soyez circonspect à l’endroit des produits de l’industrie agro-alimentaire et confiant, voire aventureux, à l’égard des gourmandises qu’offre la nature. Vous les apprécierez bientôt davantage et gagnerez en qualité de vie. Et plus nous serons nombreux à prendre ce chemin, plus vite les choses changeront dans nos campagnes et nos supermarchés. Si vous ne le faites pas pour vous, faites-le pour vos enfants.

Témoignage surprenant sur Alzheimer

Produits chimiques dans l’alimentation, Comment y échapper

Aux Etats-Unis l’obésité diminue l’espérance de vie des jeunes

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Statistiques et publications de l'Assurance Maladie

mercredi 28 décembre 2011

Deux délicieux fruits d’hiver : Le chérimoya et le kaki

Si l’hiver n’est pas la saison des fruits, du moins dans nos régions (en France) ce n’est pas celle de la disette. Cette année, l’automne a été particulièrement doux, prolongeant la saison d’un mois. En région parisienne, le producteur bio le plus proche de mon domicile vendait encore ses tomates mi-novembre et le raisin italia est resté présent dans tous les magasins bios jusqu’au début décembre. L’arrivée de la clémentine marque le début de la saison hivernale pour les fruits. Les oranges qui arrivent au même moment sont souvent acides et peu goûteuses. Habituellement, elles ne commençaient à être vraiment bonnes qu’à partir de janvier mais depuis quelques années, elles le sont dès la mi-décembre. Aussi, fin novembre j’hésitais à en acheter mais j’ai bien fait d’essayer car, ô surprise, elles sont déjà excellentes. Ce décalage du début de saison est-il lié au réchauffement climatique ? C’est une question pour laquelle je n’ai pas encore de réponse. Est-ce aussi pour cette même raison que le kaki se fait rare cette année ? Abondant l’an dernier (marqué par un hiver précoce, 40 cm de neige à Paris le 8 décembre), il a quasiment disparu cette année des étals des marchés bios.
Le kaki est le fruit du plaqueminier, un arbre originaire de Chine qui s’adapte très bien à nos régions. Il résiste à des températures très basses de l’ordre de -20°. Il fut introduit en France en 1860. On en trouve dans quelques parcs parisiens et de la banlieue. J’en ai repéré un à l’entrée du Parc de la Planchette qui donne sur la rue des Marronniers à Levallois-Perret et deux autres sur le boulevard Ney près de la porte d’Aubervilliers. Le kaki est un fruit riche en fer, en vitamine C et en polyphénols. Il se consomme bien blet, sinon il est très astringent

Le plaqueminier du Parc de la Planchette à Levallois-Perret, le 18 novembre 2011

Un autre fruit typique de la saison hivernale est le chérimoya. Tout comme le kaki, il faut attendre qu'il soit mou pour le consommer. Mais c’est bien là leur seul point commun car pour le reste, tout les sépare. Le kaki est de couleur orange gros comme une pomme, à la peau fine et lisse comme celle de la tomate. Le chérimoya est vert, de forme irrégulière patatoïde et à facette. Le kaki mûrit au frais tandis que le chérimoya préfère la chaleur. La chair du kaki a la consistance d’un gel aqueux orangé, celle du chérimoya est blanche et crémeuse, parsemée de gros pépins noirs. Deux fruits, deux parfums radicalement différents mais également succulents. Le mûrissement naturel du kaki peut prendre plusieurs semaines, voire plus d’un mois. On peut le mettre dans un sac de papier pour accélérer ce mûrissement ou le mettre en compagnie de pommes dans une caisse en plastique recouverte d’un papier. Le chérimoya au contraire commence à mûrir dès qu’il sort du frigo. Quelques jours lui suffisent pour être mûr à point.

Ce ne sont certes pas les seuls fruits de l’hiver mais ceux là, plus que d’autres auxquels on pense plus communément, méritent d’être cités. Aussi parfumés et riches en nutriments que le letchi ou la mangue, aussi abordables que la poire ou l’ananas, disponibles durant tout l’hiver comme la pomme, ils peuvent accompagner les amateurs de fruits jusqu’au début du printemps.

Bon appétit.