samedi 25 février 2012

Surpopulation : Nourrir 12 milliards d'êtres humains, est-ce possible ?

Face à l’inéluctable augmentation de la population mondiale qui devrait néanmoins se stabiliser vers 2050 autour de 12 milliards de terriens, se pose la question de la capacité de notre planète à nourrir autant de monde. L’ampleur des dégradations infligées à l’environnement et à la biodiversité par les activités humaines hypothèque l’avenir de nos ressources alimentaires. Seront-elles suffisantes ?
 
La faillite de l’agriculture industrielle

Il y a maintenant plus de 60 ans, grâce l’avènement de l’industrialisation agricole, on annonçait avec enthousiasme l’éradication prochaine de la faim et de la malnutrition dans le monde. Aujourd’hui, non seulement celles-ci n’ont jamais vraiment reculé, mais force est de constater que cette industrialisation s’est traduite, dans toutes les régions du monde où elle a été implantée, par une dégradation des sols et une réduction drastique de la biodiversité qui, a terme, se soldent par un accroissement de la malnutrition.
Du fait d’une mécanisation importante et de l’utilisation d’intrants issus de produits pétroliers, ce modèle agricole s’avère très dépendant du pétrole. Ainsi par exemple, la production d'un kg d'engrais azoté requiert l'équivalent énergétique de 1,4 à 1,8 litres de carburant diesel. Selon The Fertilizer Institute ( http://www.tfi.org ), sur la période d’un an allant du 30 Juin 2001 au 30 Juin 2002, les États-Unis ont utilisé 12 millions de tonnes d'engrais azotés. A raison de 1,4 litres de diesel pour 1 kilogramme d’engrais, cela représente 15,3 milliards de litres de carburant diesel, soit 96,2 millions de barils. Aux Etats-Unis 400 gallons d'équivalent pétrole sont dépensés par an pour nourrir chaque Américain (à partir de données fournies en 1994). Ces chiffres, donnés pour les Etats-Unis, sont valables pour toutes les régions du monde où l’agriculture industrielle a été adoptée. Cette dépendance aux énergies fossiles alourdit les charges d’exploitation qui, dans les années à venir, seront de plus en plus insupportables et ruineront de plus en plus d’agriculteurs.
Ces constats sont confirmés par des institutions nationales et internationales. Dans son étude Agrimonde publiée en 2010, l’INRA (Institut National de Recherche Agronomique) a déterminé deux scénarios d’évolution de l’agriculture. Le premier, appelé « scénario tendanciel », extrapole le modèle de production agricole actuel. Ce scénario prévoit une aggravation de l’impact écologique et un creusement des écarts régionaux. L’augmentation des prix du pétrole et la baisse de productivité des terres agricoles provoquera de fortes tensions sur les prix alimentaires, lesquelles attiseront la spéculation et entraîneront des émeutes de la faim. La réaction prévisible à court terme des gouvernements sera de contrer la spéculation. A plus long terme, constatant la faillite de l’agriculture industrielle, ils seront contraints d’adopter le deuxième scénario envisagé par l’étude Agrimonde. Ce scénario, appelé dans l’étude « scénario de rupture », privilégie les cultures vivrières et se caractérise par la recherche de solutions écolo-productives.

Dégradation des sols due aux activités humaines (source Word Soil Resources Report TERRASTAT)

De son coté l’IAASTD (International Assessment of Agricultural Science and Technology for Development, en français l’EISTAD pour Evaluation Internationale des Sciences et Technologies Agricoles pour le Développement), groupe de travail intergouvernemental, interdisciplinaire créé à l’initiative de la Banque Mondiale, dans son rapport publié en 2008, critique l’agriculture intensive qui réduit la biodiversité, lessive et pollue les sols, pointe les risques environnementaux et sociaux liés aux OGM, dénonce les brevets qui limitent la recherche, préconise l’agriculture biologique, affirme que la sécurité alimentaire des populations, notamment les plus pauvres, passe par le maintien voire le développement d’une agriculture paysanne et appelle à une réorientation de la recherche pour qu’elle s’intéresse davantage à l’étude des écosystèmes, aux interactions entre les différents végétaux et animaux qui les composent, à la façon dont ces milieux s’équilibrent plutôt que de se focaliser sur l’éradication de tel ravageur ou de telle maladie. Enfin, récemment le rapporteur de l’ONU sur l’alimentation affirmait que l'agro-écologie peut doubler la production alimentaire mondiale en 10 ans tout en préservant l’environnement. Selon lui, concilier productivisme agricole et performance environnementale permet ''d'obtenir des rendements beaucoup plus importants que l'agriculture conventionnelle''. Une telle déclaration peut surprendre. On la comprend mieux à la lumière des chiffres de la FAO : Aujourd’hui seuls 30% des surfaces agricoles disponibles dans le monde sont cultivées, les 70% restant sont des prairies et des pâturages.


Répartition des surfaces agricoles dans le monde


En Afrique et dans les régions du monde défavorisées le déséquilibre est encore plus flagrant puisqu’il avoisine les 20-80 contrairement à l’Europe où les terres cultivées occupent les deux tiers de la surface agricole. On voit donc, à la lecture de ces chiffres qu’il existe un potentiel d’amélioration de la production agricole considérable dans les pays du tiers monde. Mais cette amélioration se heurte à l’aridité parfois extrême des zones concernées, laquelle a été, dans les décennies passées, aggravée par la déforestation et l’industrialisation agricole. Ce potentiel n’est exploitable durablement qu’à condition de restaurer les sols par des techniques d’agro-écologie.

Vers un autre modèle agricole

Quels sont ces modes de culture à la fois productifs et écologiques qu’évoquent les experts et quel est leur secret ? Ce sont simplement des techniques agricoles qui font avec la nature plutôt que contre elle. Elles consistent à créer un équilibre écologique pour profiter des synergies biologiques en favorisant les associations végétales et en organisant les complémentarités entre le végétal et l’animal. Evidemment biologiques, les plus connues de ces techniques sont la permaculture, l’agro-foresterie, la culture sans labour, le BRF (Bois Raméal Fragmenté). Elles supposent souvent une refonte totale et globale de l’exploitation agricole que certains verront, à tort, comme rétrograde. Ainsi, la monoculture extensive, caractéristique de l’exploitation industrielle, cède la place à la polyculture d’autrefois. Le tracteur est parfois délaissé au profit de la traction animale, plus efficace dans un contexte de polyculture et qui participe, par son alimentation et ses déjections à l’entretien et la fertilisation des terres. Ces techniques culturales réhabilitent des pratiques ancestrales et les améliorent des connaissances scientifiques d’aujourd’hui. Elles sont performantes parce qu’elles s’attachent à créer les conditions les plus favorables à l’expression spontanée de l’exubérance de la nature.
Les exploitations agricoles qui adoptent ces techniques produisent beaucoup mais ne sont pas spécialisées. Un permaculteur est à la fois maraîcher, éleveur, apiculteur, arboriculteur, etc. Sur une surface très modeste et avec peu de moyens et peu de main d’œuvre il produit tout au long de l’année toutes sortes de fruits, légumes, œufs, volailles, fleurs, miels, viandes, etc. Son système de production ne cadre pas avec les attentes de l’industrie agro-alimentaire qui brasse de gros volumes. En revanche, ces exploitations peuvent s’intégrer dans le tissu urbain ou semi-urbain. Un hectare peut suffire pour subvenir aux besoins d’un quartier ou d’un bourg que l’on imagine quasiment autonome, non seulement pour son approvisionnement alimentaire mais aussi pour l’adduction d’eau, le retraitement des eaux usées (voir ici) et l’alimentation électrique. Les villes et les campagnes pourraient alors évoluer d’une manière tout à fait différente de ce qu’elles sont aujourd’hui, fonctionnant beaucoup plus sobrement et mêlant agriculture et élevage à des activités artisanales, industrielles ou de services. L’augmentation des coûts de transports et celle des prix agricoles liés à la raréfaction du pétrole ainsi que les aspirations des consommateurs à une alimentation saine et authentique devrait encourager cette évolution. Au modèle de production de masse centralisé et standardisé associé à un système de distribution mondialisé se substituerait, en partie au moins, un réseau d’unités de production réparties, de diffusion locale, plus propice à la biodiversité et sans doute plus apte à s’adapter au réchauffement climatique.

Autre agriculture, autre consommateur

Reste que la productivité de ces exploitations agricoles dépend aussi de ce que l’on y cultive. La culture de céréales produit environ 3,5 tonnes à l’hectare, contre 18 tonnes pour les légumes et 10 tonnes pour les fruits.

Répartition des terres arables par cultures dans le monde (données FAO 2010)
 

Composition du bol alimentaire (moyenne mondiale, données FAO 2010)

C’est ainsi que les céréales qui représentent moins d’un quart du bol alimentaire (23%) mobilisent à elles seules plus de la moitié des terres cultivées (54%) dans le monde. Les fruits et légumes qui constituent 39% du bol alimentaire n’en mobilisent que 19%. L’introduction des céréales dans l’alimentation humaine a transformé les paysages et continue de les transformer … en les appauvrissant. La Sicile fut le grenier à blé de la Grèce Antique et l’Egypte fut celui de l’Empire romain. Ces régions sont aujourd’hui … désertiques. "Le printemps silencieux" annoncé en 1962 par le fameux livre de Rachel Carson est devenue une réalité dans les campagnes françaises où les oiseaux et les insectes ont disparus, victimes de la lutte intensive contre les "nuisibles".

Originellement l’être humain moderne descend d’une très ancienne lignée frugivore, végétarienne et insectivore. L’introduction des poissons, coquillages et des viandes s’est opérée plus tardivement et progressivement, il y a plusieurs millions d’années. La consommation du blé, en tant que base alimentaire, est très récente, trop sans doute pour que notre système digestif y soit adapté. Elle date tout au plus de 10 à 12 mille ans pour la région du moyen orient, 5 à 8 mille ans pour l’Europe, quelques siècles, voire moins pour le reste du monde. A l’échelle de l’évolution humaine, l’adoption des céréales comme base alimentaire a la soudaineté d’un accident, lequel a bouleversé non seulement les habitudes alimentaires mais aussi les modes de vie et les rapports sociaux. Outre la sédentarisation et la naissance des premières villes, elle amène avec elle de nombreuses maladies jusqu’alors inconnues comme les caries dentaires dont on sait aujourd’hui qu’elles sont imputables à la consommation de céréales panifiées, mais aussi, et c’est plus surprenant, un phénomène social jusqu’alors rarissime : la guerre. Bien que relativement nourrissantes, les céréales ne sont pas des aliments dénuées d’effets néfastes sur la santé, notamment parce que les transformations importantes qu’elles subissent avant d’être consommées entraînent la formation de nombreuses molécules chimiques peu assimilables comme les A.G.E, voire toxiques comme l’acrylamide (voir ici). La même remarque s’applique au lait et produits laitiers même si elle concerne davantage les pays riches où la consommation y avoisine les 250 kg/personne/an, presque dix fois plus que celle des pays pauvres (29 kg/pers/an).


Composition du bol alimentaire en Europe et dans les pays peu développés (données FAO 2010)

Tout comme les cultures céréalières, l’élevage dégrade fortement l’environnement lorsqu’il est trop intensif et mobilise une part importante des surfaces agricoles. Et tout comme les céréales, l’adoption du lait et les produits laitiers est très récente au regard de l’évolution humaine. C’est sans doute la raison pour laquelle le lait de vache est mortel pour le bébé et est mal supporté par une proportion significative de la population. Alors que l’on vante dans les pays riches la consommation de lait comme indispensable pour assurer l’apport en calcium, il est surprenant de constater que la prévalence de l’ostéoporose est d’autant plus élevée que la consommation de produits laitiers est importante.

Eu égard aux impacts environnementaux de la production des céréales et des produits laitiers et compte tenu de leur effets discutables sur la santé, il est légitime de se poser la question de leur maintien à un tel niveau de production dans un monde de 12 milliards de bouches à nourrir. En faisant l’hypothèse que la consommation de céréales par habitant reste la même, la part de terres cultivées occupée par les céréales passerait de 54% à 85% en 2050. Cette hypothèse est d’autant plus intenable que les usages non alimentaires de surfaces agricoles sont appelés à croître du fait de la raréfaction des ressources fossiles. Les émeutes de la faim, justement liées à la montée en puissance de ces utilisations non alimentaires qui font grimper les prix, confirment l’impasse dans laquelle se trouve à la fois le modèle agricole industriel qui s’est répandu un peu partout dans le monde et les habitudes alimentaires actuelles. En revanche, en tablant sur une consommation de fruits au double de ce qu’elle est aujourd’hui et en faisant la même extrapolation à l’horizon 2050, la surface occupée par les vergers serait de 32% des terres cultivables.

Aujourd’hui, tous les experts s’accordent sur un constat : Nous ne mangeons pas assez de fruits et de légumes frais. Ce constat est valable pour les pays pauvre autant que pour les pays riches. (témoignage du professeur Luc Montagnier) Il confirme aussi l’intérêt du modèle d’agriculture écolo-productive qui donne les meilleurs résultats avec les cultures vivrières et arboricoles. Les quelques chiffres ci-dessus tirés des bases de données en libre accès de la FAO montrent clairement où se trouve l’impasse et où sont les solutions pour nourrir une planète de 12 milliards d’âmes. Adopter une alimentation plus proche de notre constitution génétique, ce n’est pas seulement une question de santé, de plaisir et de bien-être, c’est aussi soutenir et favoriser le développement d’une production agricole de qualité, régénératrice des milieux naturels et qui prépare un monde accueillant pour nos nombreux fils et filles à venir.


Notes et références

L’agriculture peut-elle nourrir le monde ? Jean-Paul Charvet, professeur émérite à l’Université de Paris Ouest Nanterre La Défense, dresse ici une vision de l’avenir de l’agriculture qui n’interroge pas la problématique de l’alimentation. La fuite en avant productiviste et le recours aux OGM sauveront-ils l’humanité granivore ? L’auteur l’espère.
http://www.cafe-geo.net/article.php3?id_article=1538

Alimentation dans la préhistoire : Ce site, consacré à l’évolution de l’homme, est bien documenté. Il montre que les plus anciennes lignées humanoïdes étaient végétariennes et insectivore. Les suivantes ont progressivement élargie leur palette alimentaire aux viandes et aux poissons.
http://www.hominides.com/html/dossiers/alimentation-prehistoire-nutrition-prehistorique.php

Agrimonde, prospective sur les futurs possibles des agricultures et alimentations du monde en 2050.
http://www.science.gouv.fr/fr/a-decouvrir/bdd/res/3893/agrimonde-prospective-sur-les-futurs-possibles-des-agricultures-et-alimentations-du-monde-en-2050/

Rapport Agrimonde : changeons d’alimentation !
http://www.neo-planete.com/2011/01/13/le-rapport-agrimonde-lhomme-va-devoir-modifier-son-alimentation/

L'agro-écologie peut doubler la production alimentaire mondiale en 10 ans, selon l'ONU. Concilier productivisme agricole et performance environnementale permet ''d'obtenir des rendements beaucoup plus importants que l'agriculture conventionnelle'', assure le rapporteur de l'ONU.
http://www.actu-environnement.com/ae/news/rapport-onu-agro-ecologie-rapporteur-alimentation-12110.php4

Epidémiologie et ostéoporose, démanteler les mythes
http://www.vegetarismus.ch/heft/f2001-3/osteoporose.htm 

Le livre de Thierry Souccar : Lait, mensonges et propagande
http://www.thierrysouccar.com/les_livres/nutrition/lait_mensonges_et_propagande

Portail des données statistiques de la FAO d’où sont extraits les chiffres cités dans cet article.
http://www.fao.org/corp/statistics/fr/

vendredi 27 janvier 2012

Espérance de vie : Ce que cachent les chiffres.

Dans la même journée, presque aux mêmes heures, sur une chaîne de télévision, un spécialiste du cancer affirme qu’un français sur trois sera atteint du cancer et qu’un sur deux sera diabétique tandis que, sur une chaîne concurrente, un autre spécialiste annonce qu’une femme sur trois ayant aujourd’hui cinquante ans atteindra l’âge de cent ans, qu’un enfant sur deux qui naît aujourd’hui sera centenaire. Étonnante contradiction dans ces discours !

Il est vrai que l’espérance de vie suit, en France, depuis plus de 50 ans, une progression linéaire continue d’une remarquable régularité. D’année en année, elle n’a montré jusqu’à présent aucun signe d’inflexion, ou tout au moins sont-ils très ténus et c’est ce qui autorise les démographes à anticiper une croissance exponentielle du nombre de centenaires dans les décennies à venir. Perspective encouragée par les découvertes scientifiques récentes qui apportent une compréhension plus fine des mécanismes du vieillissement et permettent d’envisager des moyens de le ralentir.

Néanmoins, il est tout aussi vrai que l’incidence des cancers, diabètes, maladies d’Alzheimer et, d’une manière générale, de toutes les pathologies dégénératives est en augmentation dans la population. C’est un fait bien établi par les statistiques. Le vieillissement de la population explique en partie cette augmentation mais pas totalement. Il y a aussi le fait qu’un certain nombre de ces pathologies surviennent de plus en plus tôt. L’exemple le plus typique est celui de l’obésité qui touche même les enfants et qui prédispose à de multiples complications, notamment le diabète. L’augmentation de l’incidence des maladies dégénératives est aussi probablement liée à l’exposition massive de la population à de nombreuses molécules chimiques de synthèse (additifs chimiques, produits phytosanitaires, substances volatiles des plastiques, acrylamides, furanes dans l’alimentation, principes actifs de médicaments, etc.) dont des effets toxiques inattendus se font sentir à long, voire à très long terme. Enfin, il y a le problème des résistances aux antibiotiques qui pourrait devenir très critique dans un avenir proche.

En définitive, tout ce que l’on peut conclure de ces faits, c’est que, du moins en France, les tendances favorables à l’allongement de la vie se sont révélées jusqu’à présent plus fortes que celles qui lui nuisent. Jusqu’à quand ? Les prédictions des démographes se réaliseront-elles ? Ou faut-il s’attendre à un plafonnement, voire une régression de la durée de vie ?

Depuis le 19ème siècle, époque à laquelle l’espérance de vie a vraiment commencé à augmenter, les années de vie supplémentaires ont été gagnées grâce à de multiples progrès dans tous les domaines. L’amélioration de l’habitat, la généralisation des salles de bains et des toilettes, la construction des réseaux d’assainissement et d’adduction d’eau, la réfrigération des produits alimentaires, une alimentation plus riche et diversifiée, la démocratisation des habitudes de propreté, la stérilisation, etc., sont autant d’évolutions techniques sociales ou culturelles qui ont contribué à faire reculer les limites de la vie dans des proportions au moins aussi importantes que la découverte des antibiotiques et les progrès médicaux pourtant considérables.

Néanmoins, ces facteurs positifs sont minés par d’autres facteurs négatifs. Si certaines pathologies ont pratiquement disparu, par exemple les maladies infectieuses autrefois ravageuses, d’autres qui étaient rares même à un âge avancé, prennent progressivement le relais, survenant habituellement quelques décennies plus tard. Ce sont les maladies cardiovasculaires, les cancers, les maladies auto-immunes. On ne meurt plus aujourd’hui, à la fleur de l’âge, d’un coup de froid ou d’un simple rhume, on meurt dix ou vingt ans plus tard d’un cancer ou d’un accident cardio-vasculaire. Les femmes ne meurent plus en couche mais du cancer du sein. Malgré des efforts de recherche colossaux et bien que certains cancers soient désormais guérissables, la mortalité due à cette pathologie continue de progresser. D’une manière générale, on constate que le diabète, les maladies auto-immunes, les AVC, etc. sont de plus en plus fréquents et surviennent de plus en plus tôt. Et si les statistiques montrent que nous vivons valides plus longtemps, ce n’est pas parce qu’on est moins malades mais plutôt parce que nous sommes fréquemment et longtemps sous traitement médicamenteux. Témoin de cette situation : l’explosion des ALD (Affections de Longue Durée) qui concernent plus de huit millions de français (12 million à l’horizon 2015, chiffres de la CNAM) qui sont souvent des personnes valides, autonomes, parfois même capables de maintenir leur activité professionnelle mais dont la survie dépend de soins continus.

C’est donc aujourd’hui un effort de soins croissant qui soutient la progression de l’espérance de vie. D’un point de vue comptable, cela signifie : dépenses de santé en augmentation constante. Et c’est là que le bât blesse. Car cette multiplication de pathologies fait exploser les dépenses de santé qui deviennent un fardeau de plus en plus insupportable sur les finances publiques comme sur celles des ménages. Les syndicats et les défenseurs des pauvres auront beau élever la voix, s’indigner, crier au scandale, la dérive pathologique que nous constatons aujourd’hui se traduira inéluctablement dans un avenir proche par une dégradation concomitante de la protection sociale. En effet, l’augmentation des cotisations salariales et/ou patronales sera de plus en plus difficile à supporter dans un contexte économique de plus en plus incertain. Ce décrochage probable de la protection sociale aura pour conséquence d’accentuer fortement la fracture sociale en matière de santé. Il y aura ceux qui pourront se soigner, quelques uns … et les autres, la majorité. Le secteur médical restera florissant mais de plus en plus inaccessible aux revenus modestes et cela entraînera un relâchement du suivi médical, un abandon de certains soins préventifs et donc, in fine, une diminution de l’espérance de vie des classes populaires. Ce phénomène est déjà visible aux Etats-Unis où, dans certains états, des baisses de l’espérance de vie ont été observées ces dernières années. En France, une étude récente a montré qu’un français sur quatre renonçait à se soigner pour des raisons financières.

Qui veut voyager loin ménage sa monture

La prévention est le seul moyen d’échapper à ce sinistre scénario. Les spécialistes du vieillissement admettent aujourd’hui que la mort avant 120 ans est évitable. Pour que l’ensemble de la population approche l’âge canonique, les mesures de prévention devront prendre le pas sur les traitements médicaux et celles-ci ne devront pas se résumer à des mesures d’anticipation, c’est-à-dire à du dépistage précoce de maladies qui peuvent se soigner si elles sont prises à temps. De nombreux facteurs ont une action préventive sur les maladies. Des études ont, par exemple, montré que le sport pratiqué régulièrement et sans excès, des conditions de vie saine, des relations sociales nombreuses et variées de même qu’une vie sexuelle épanouie sont autant d’éléments qui entretiennent la bonne santé et favorisent la longévité. Mais les facteurs déterminants sont l’hygiène et l’alimentation. C’est sur ce dernier point que les progrès les plus importants restent à faire. S’il est vrai qu’au 19ème siècle l’alimentation n’était pas assez diversifiée et manquait de protéines, celle d’aujourd’hui est trop grasse, trop sucrée, trop salée et trop carnée. Outre son impact écologique très négatif, elle répond davantage à des stratégies de marché qu’à des impératifs de santé publique. Elle est marketée pour être consommée abondamment et sans discernement. Qu’elle s’avère addictive n’est pas un problème pour les acteurs de l’agro-business, bien au contraire. Qu’elle soit un cocktail de produits chimiques n’a guère d’importance, tant que le consommateur ne le sait pas. Qu’elle puisse être la cause de nombreuses pathologies, notamment de l’obésité, est facilement nié, tant il est ardu d’en apporter la preuve scientifique même si des observations de bon sens suffisent à l’évidence. De même que l’industrie du tabac n’a pas hésité à biaiser, voire falsifier des études scientifiques pour faire croire à l’innocuité des cigarettes, on découvre, au fil des ans, des pratiques tout aussi condamnables de la part de multinationales de l’agro-industrie pour masquer ou minimiser les effets indésirables d’additifs alimentaires ou de produits phytosanitaires. Quand aux composés chimiques issus de la transformation et de la cuisson des aliments, ils sont encore mal connus du grand public et leurs effets dévastateurs sont trop souvent occultés ou minimisés par le corps médical. Si nous voulons vivre longtemps en bonne santé et maintenir l’accès aux soins pour tous, il faut casser ces logiques économiques néfastes et cet aveuglement quand aux conséquences sanitaires de la transformation des aliments. En laissant à la charge de la collectivité les coûts écologiques et sanitaires de ses productions, l’industrie agro-alimentaire prive les états d’une part importante de leurs ressources budgétaires et exerce un intense dumping économique sur les productions biologiques fruitières et vivrières. Les mesures de prévention des maladies ne sont donc pas de nature médicale. Elles relèvent plutôt de la politique fiscale sur les produits alimentaires et de la politique agricole nationale et européenne.

Il n’empêche que chacun de nous peut agir pour éviter le naufrage de la vieillesse. Prendre soin de soi, faire du sport régulièrement, être positif, ouvert aux autres, curieux du monde et surtout, bien se nourrir. Soyez circonspect à l’endroit des produits de l’industrie agro-alimentaire et confiant, voire aventureux, à l’égard des gourmandises qu’offre la nature. Vous les apprécierez bientôt davantage et gagnerez en qualité de vie. Et plus nous serons nombreux à prendre ce chemin, plus vite les choses changeront dans nos campagnes et nos supermarchés. Si vous ne le faites pas pour vous, faites-le pour vos enfants.

Témoignage surprenant sur Alzheimer

Produits chimiques dans l’alimentation, Comment y échapper

Aux Etats-Unis l’obésité diminue l’espérance de vie des jeunes

Comment on mesure l’espérance de vie

Quel avenir pour notre système de santé public ?

Se soigner, un sacrifice pour une majorité de français ?

Statistiques et publications de l'Assurance Maladie